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CAHIER DU RITUEL D’APERITIF

3 Avril 2025 , Rédigé par Philippe A. Publié dans #Pseudo-délires

                                                   

 

 

 

CAHIER DU RITUEL D’APERITIF

Rite Traminer Rectifié

 

6025

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AVERTISSEMENT

 

Il ne s’agit pas ici d’une parodie de rituel, et, même si l’humour n’en n’est pas absent, nous attendons de ce rituel qu’il nous rappelle à nos devoirs et à notre discipline morale, partout où nous sommes, car le monde est notre temple.

 

Note

La mention FF\ dans le texte peut être remplacée par FF\  et SS\ selon le modèle de participation

 

RITUEL D’APÉRITIF

 

RAPPEL

Les travaux peuvent être ouverts dès lors que six MM\ sont présents, le collège dans le Rite Traminer Rectifié  (RTR) ne comptant que six plateaux. Point n’est besoin de rappeler que le rituel ne peut pas être utilisé en présence de profanes (sauf exception validée par les FF\ présents).

 

FONDATION DU COLLÈGE

 

On prépare un sac avec XX jetons. 6 sont de couleur rouge et portent un numéro de 1 à 6.

A leur arrivée les convives tient un jeton sans regarder. Dès que les 6 jetons rouges ont été tirés, il est inutile de continuer la distribution. Les porteurs des jetons rouges sont amenés à tirer le dé de fondation. Ils lancent leur dé chacun à leur tour dans l’ordre du numéro du jeton.

  • Le dé de fondation présente les 6 plateaux
  • Si le lanceur tombe sur la face Grand soiffard, il occupe le plateau et désigne son collège. Le dé ne sert plus. Il peut désigner des FF qui n’avaient pas de jetons rouge.
  • Si c’est un autre plateau, il l’occupe et passe le dé au suivant qui lance le dé à son tour.
  • Dans tous les cas, si on tombe sur une face plateau déjà occupée, on relance le dé jusqu’à tomber sur un plateau non occupé.
  • Quand tous les plateaux sont pourvus le dé ne sert plus.

Rappel : dès qu’un plateau est attribué, l’officier prend la bonne place autour de la table. Si la disposition de la (ou des) table(s) ne permet pas la formuler proposée on s’assied librement.

 

OUTILS DES MEMBRES DU COLLEGE

Le Grand soiffard dispose d’un gros tire-bouchon, les Premier et Second Pochards ont un tire-bouchon plus petit. Le compte-goutte choisit librement son outil. Alternativement, le Grand Soiffard peut porter un thyrse.

Note : pour faciliter l’appropriation du rituel, l’outil y est représenté par un maillet

 

PLACE DES OFFICIERS

 

 

Les autres participants s’installent où ils veulent sur les colonnes

 

OUVERTURE ET FERMETURE DES TRAVAUX D’APERITIF

(on peut à souhait remplacer FFpar SS\ ou par SS\ et FF\)

GRAND SOIFFARD 

Mes FF\, nous sommes réunis parce qu’il fait (choisir parmi : chaud, froid, humide, sec…ou autre motif) sous le regard bienveillant de Dionysos. Je vais procéder à l’ouverture des travaux.

Debout et à l’ordre mes FF\

RAPPEL : au RTR, le signe d’ordre consiste à élever ses deux mains « en toit », au-dessus de la tête. Le Grand Soiffard et les deux Pochards portent leur maillet ou autre outil du moment au niveau du ventre.

Je rappelle que ce signe d’ordre forme un delta dont la base est le haut de la tête. Ce delta est l’initiale de Dionysos sous l’égide duquel nous travaillons. C’est aussi l’initiale des sept valeurs fondamentales du rite : Discrétion, Désir d’être ensemble, Détermination, Décontraction mais Dignité, Délectation et Déglutition.

 

Nous ritualisons l’apéritif afin que chacun puisse boire en même temps et que chacun arrive au même stade dune extase mystique, qui petit à petit envahira nos psychés et nous conduira vers un égrégore qui nous emportera hors de l’espace et hors du temps.

Ce que nous allons consommer ne sont pas que des boissons. Ce sont des révélateurs de l’esprit, l’expression du travail de l’homme, l’expression du vivant, de la transformation du fugace en durable.

Prenez place mes FF\

F\ Premier Pochard, que buvez-vous ?

PREMIER POCHARD

Je bois (choisir : du vin blanc, du vin rouge, de la bière, du whisky,  autre...) Grand Soiffard

GRAND SOIFFARD 

Je prends note de votre engagement. Et où peut-on espérer trouver (selon la réponse : du vin blanc, du vin rouge, de la bière, du whisky, autre...)

PREMIER POCHARD

Au centre d’un coffre bien clos qui retient le froid sauf le whisky qui peut vivre à l’extérieur de ce coffre sans nuire à ses vertus apéritives Grand Soiffard

GRAND SOIFFARD 

F\ Deuxième Pochard, que buvez-vous ?

DEUXIEME POCHARD

Je bois (choisir : du vin blanc, du vin rouge, de la bière, du whisky,  autre...) Grand Soiffard

GRAND SOIFFARD 

Je prends note de votre engagement. Et quelles sont les vertus premières de cette boisson sacrée ?

DEUXIEME POCHARD

Elle stimule la fraternité, la liberté de conscience et de parole et nous rapproche

GRAND SOIFFARD 

F\ Compte-gouttes, que buvez-vous ?

COMPTE-GOUTTES

Je bois (choisir : du vin blanc, du vin rouge, de la bière, du whisky,  autre...) Grand Soiffard

GRAND SOIFFARD 

Je reconnais votre persévérance. Et vous, F\ Porte-clés, que buvez-vous ?

PORTE-CLES

Je bois (choisir : du vin blanc, du vin rouge, de la bière, du whisky,  autre...) Grand Soiffard. Je rappelle également que les FF qui ne seront pas en état de conduire devront me remettre les clés de leur véhicule.

GRAND SOIFFARD 

Votre dévouement vous honore F\ Porte-clés. Nous saurons être vigilants. Et vous, F\ Rossignol des Parvis, que buvez-vous ?

ROSSIGNOL DES PARVIS

Je bois (choisir : du vin blanc, du vin rouge, de la bière, du whisky,  autre...) Grand Soiffard.

GRAND SOIFFARD 

Que cela puisse éclaircir votre voix quand elle deviendra lumière. Je prends note de votre engagement et vous propose de recevoir le mien : je boirais (choisir : du vin blanc, du vin rouge, de la bière, du whisky,  autre...)

Les FF\ des colonnes indiqueront leur souhait au COMPTE-GOUTTES  quand l’atelier sera en récréation.

Mais, F\ Compte-gouttes, quel est le premier devoir d’un Compte-Gouttes en tenue d’apéritif. ?

COMPTE-GOUTTES

C’est de s‘assurer que le réfrigérateur et le bar sont bien garnis Grand Soiffard

GRAND SOIFFARD 

Assurez-vous qu’il en soit ainsi et revenez porter la bonne nouvelle à cette table

Le compte-goutte se lève, ouvre et referme le frigo et revient s’asseoir

COMPTE-GOUTTES

Le réfrigérateur et le bar sont bien garnis Grand Soiffard

GRAND SOIFFARD 

Rien ne s’oppose donc à nos travaux. F\ Premier Pochard veuillez informer vos F\ et S\ que nous allons pouvoir avancer sur le chemin de la déglutition

PREMIER POCHARD

F\ Deuxième Pochard, le Grand Soiffard nous invite à avancer sur le chemin de la déglutition

SECOND POCHARD

F\ Compte-gouttes, le Grand Soiffard nous invite à avancer sur le chemin de la déglutition

COMPTE-GOUTTES

FF\ qui décorez les colonnes, le Grand Soiffard nous invite à avancer sur le chemin de la déglutition

PREMIER POCHARD

L’annonce est faite Grand Soiffard.

PORTE-CLE

Grand soiffard, il faut toutefois rappeler à cet auguste aréopage que l’abus de boissons peut rendre nos trajectoires incertaines et induire des collisions, même morales

GRAND SOIFFARD 

Merci F\ Porte-clés pour ce rappel, mais on ne va quand même pas passer la journée là dessus.

Debout et à l’ordre mes FF\

Nous avons laissé la porte des hommes et la porte des Dieux, ignorant l’instant présent, nous prenons la porte du milieu.

Imaginons qu’un jour, passé du grain de raisin à la goutte de vin, quand notre travail intérieur nous aura arrondis, affinés, déshabillés du superflu, nous reconnaitrons en l’autre ce grain de raisin, symbole de la transformation végétale qui lui aussi, à travers des discussions partagées, nourri de doute, d’espérance, permettra d’inviter au partage de la jouissance du présent, enrichissant ainsi la boisson d’origine en un nectar encore plus riche

Prenez place mes FF\

Que l’on décore cette table.

 

COMPTE-GOUTTE

Grand Soiffard, nous n’avons pas désigné les Officiers chargé de cette noble tâche !

GRAND SOIFFARD 

F\ Compte-gouttes, tout à l’heure vous avez trouvé le réfrigérateur. La main de Dionysos vous a guidé. Qu’elle continue à le faire. Allez quérir les liqueurs requises. Vous pourrez vous faire assister par les Premiers et Deuxième Pochard ou par qui vous le souhaitez. Moi je reste ici pour garder la maison car on ne sait jamais...

COMPTE-GOUTTE

F\ Premier Pochard et/ou F\ Deuxième Pochard (et autres…), vous voudrez m’assister

GRAND SOIFFARD 

A mon coup de maillet la libre déambulation vaut droit. .

Les officiers désignés prennent les commandes des FF\ sur les colonnes et garnissent la table. Quand tout est sur la table aux endroits prescrits :

GRAND SOIFFARD 

Mes FF\, à mon coup de maillet, nos travaux reprennent force et vigueur . 

F\ Deuxième Pochard, assurez le service.

PORTE-CLE

Grand Soiffard, ne craignez-vous pas que l’abus de travail nous rende impropres au travail ?

PREMIER POCHARD

Grand Soiffard, je pense que le F\ Porte-clés nous rappelle un de nos principes sacrés.

GRAND SOIFFARD 

En effet. Glorifions donc le travail en l’encourageant.

Debout et à l’ordre

F\ Rossignol des Parvis, remplissez votre office.

ROSSIGNOL DES PARVIS

(Chante) C'est à boire, à boire, à boire
C'est à boire qu'il nous faut

Repris une fois par tout le collège, puis une autre fois par toute la table

GRAND SOIFFARD 

Mes FF\, à mon coup de maillet, je clôturerai ces préludes à l’action. Nous ne boirons alors rien que pour boire.

Les préludes sont clôturés et il commence à faire soif. Nous ne sommes plus à l’ordre. Procédons mes FF\, et tirons autant de rafales qu’il en faudra pour nous préparer à ce qui nous est préparé

COMPTE-GOUTTE

 Que ces boissons, symbole de l’intelligence, élèvent notre esprit

Le COMPTE-GOUTTES  frappe dix fois rapidement sur la table avec l’outil dont il dispose

On peut picoler librement

 

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DOUZE A TABLE OU LE PROBLÈME DU PRÉSENT SON RAPPORT AU PASSÉ, À L’AVENIR ET À L’ÉTERNITÉ

3 Avril 2025 , Rédigé par Philippe A. Publié dans #Pseudo-délires

 

Verbatim d’une petite bouffe entre amis, où il ne sera pas question d’alimentation (ou presque)

Pièce maçonnique en 1 acte pour 12 acteurs

A jouer en salle humide vers la fin des agapes car le plateau de fromages joue un rôle central

CONTEXTE : La semaine dernière, j’avais invité quelques amis pour une agape verbale autour du temps. Étaient autour de la table Platon, Nishida Kitaro, Karl Rahner, Franz Kafka (arrivé en retard, très en retard. Encore le temps…), Saint Augustin, Blaise Pascal, Emmanuel Kant, Gottfried Leibnitz, André Comte-Sponville, Galilée et Isaac Newton. Comme nous avions pris le parti de nous concentrer sur l’essentiel, et étions convenus que l’on éviterait les longues digressions, sur l’espace, le bonheur (quoique...) et le mouvement. Du fait de cette dernière petite contrainte, Aristote a finalement décliné l’invitation. Nous avons survécu à son absence.

 

 

Philippe : (debout) Merci mes amis d’avoir répondu à mon invitation. Je sais que certains sont venus de loin et d’il y a longtemps, propose donc que nous tirions une santé pour nous donner la verve et le courage d’aborder le sujet de ce midi : le problème du présent son rapport au passé, à l’avenir et à l’éternité

Santé

Philippe : « Le problème du présent son rapport au passé, à l’avenir et à l’éternité »,  il me semble que le maitre mot ici semble être le temps. Qu’est-ce que ce temps ? Galilée ? (s’assied).

Galilée (plutôt » nauséeux, reste assis) : Pfff… faites sans moi, le voyage a été trop long. Je vais écouter vos étoiles. Demandez à Isaac…

Isaac : (se lève) N’ayez pas d’inquiétude, il est tombé dans les pommes avant que nous arrivions, il s’en remettra, c’est sans gravité». Bien.  Il faut en effet d’abord définir le temps

Murmure d’approbation dans l’assemblée (sauf Blaise)

Blaise : Bof….

Isaac : Pas d’accord Blaise ?

Blaise : (resté assis) A priori Je pense qu’il est impossible et inutile de définir le temps. Si je dis temps, tous, voient le même objet : ce qui suffit pour faire que ce terme n’ait pas besoin d’être défini. Quoique ensuite, en y pensant, puisque certains tiennent à le mesurer... Mais bon, continue Isaac 

Isaac : C’est simple, c’est de la physique. Il en occupe toutes les équations. C’est un paramètre qui est le fondement de la mécanique classique; en effet, il permet de décrire le mouvement des corps dans l’espace en donnant leur position à des instants successifs. Dommage qu’Aristote nous boude, il aurait eu des idées. Pour faire court … (murmure de soulagement dans l’assemblée) …: le temps est mathématique, mesurable, linéaire, continu et à écoulement uniforme du passé vers le futur. Pour autant il est réversible (alors que la précédente propriété laisserait à penser que le temps est fléché et irréversible) : en effet, on explore avec les mêmes méthodes mathématiques le passé et l’avenir ; par exemple, il est aussi facile de déterminer les marées et les éclipses passées que les marées et les éclipses futures ; ainsi, sur le papier, les planètes pourraient tourner à l’envers : tout ce que la nature fait, elle pourrait le défaire selon le même processus. Mon temps n’est donc pas fléché. Il ne crée pas et ne détruit pas non plus. Passé et futur se ramènent au seul instant présent. Plusieurs d’entre vous en sont déjà d’accord je présume. J‘ai dit (plutôt tonitruant et se rassied)

Gottfried : (lève la main) Je peux ?

Philippe : Nous t’écoutons

 Gottfried : (se lève) Isaac, tu nous présentes l’espace et le temps avec des caractères absolu et infini qui en feraient des attributs divins. Ce n’était peut-être pas ton idée, mais tu voudrais qu’ils soient les conditions premières des choses matérielles. Et là, ma pensée diverge…

Galilée : (assez bas) verge…

Philippe : Tu avais dit que tu te contenterais d’écouter, si c’est pour dire des c… Reprends Gottfried

Gottfried : Merci, je reprends donc. L’espace et le temps ne sont qu’un certain arrangement, ou un certain ordre général entre les choses  et n’existent pas par eux-mêmes mais ils existent tout au contraire dans les relations entre ces choses. Mais bon, on ne va pas en faire un fromage. A propos, il reste du Brie ? (se rassied)

Un ange passe (le plateau de fromages)

St Augustin : (se lève) je profite de l’ange qui passe Je reviens à ta conclusion Isaac, elle se défend, mais ta rhétorique est un peu limitative. C’est d’ailleurs pour cela que tu penses arriver à une définition...  Attends, je reprends mes notes, que dis-je, mes confessions. Voilà..., Livre XI. Je me cite » :

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne m’interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l’ignore. Et pourtant j’affirme hardiment, que si rien ne passait, il n’y aurait point de temps passé ; que si rien n’advenait, il n’y aurait point de temps à venir, et que si rien n’était, il n’y aurait point de temps présent. Or, ces deux temps, le passé et l’avenir, comment sont-ils, puisque le passé n’est plus, et que l’avenir n’est pas encore ? Pour le présent, s’il était toujours présent sans voler au passé, il ne serait plus temps ; il serait l’éternité. Si donc le présent, pour être temps, doit s’en aller en passé, comment pouvons-nous dire qu’une chose soit, qui ne peut être qu’à la condition de n’être plus ? Et peut-on dire, en vérité, que le temps soit, sinon parce qu’il tend à n’être pas ? » (se rassied)

A ce moment, une forêt d’index se met en mouvement pour gratter les tempes des convives.

Augustin, profitant de ce petit flottement en profite…

Augustin : (se  relève) Je m’explique.  Le temps existe comme une image de l’esprit, il n'a pas d'être réel.  Il existe trois temps, le présent du passé, le présent du présent, le présent du futur. Toute la réalité du temps tient dans ces trois modes selon lesquels nous temporalisons le présent : la mémoire, la perception, l’attente. Le temps est donc pour nous une triple action de l’esprit. On dit qu’il y a trois temps au temps alors qu’en fait, il n’y en a qu’un seul. Et cela donne son existence au temps. C’est un peu la conclusion d’Isaac, même s’il est plus difficile de voyager dans mon temps que dans le sien apparemment  (se rassied)

Philippe : (resté assis) Je risque une parenthèse. Pour moi la conservation du passé et l’anticipation de l’avenir ne procèdent que d’une seule et même seule faculté, l’imagination. L’imagination est la résultante de cette triple action. Elle n’est possible que par l’effet de l’attente et de la mémoire sur la perception.   Ce fait, cette imagination est peut-être la première entrave au bonheur. Mais il est vrai que l’on s’était entendu pour ne pas aborder ce thème...

Karl : (lève la main) Désolé de t’interrompre, Philippe, mais c’est pour apporter de l’eau à ton moulin.

Philippe : Aaah mon sauveur, je t’en prie Karl

Karl : (se lève) Notre imagination conserve ce qui a disparu et anticipe ce qui est à venir, par elle il me semble qu’en esprit nous élargissions ce point, dans une certaine mesure, et c’est cela que nous appelons notre vie: le présent dont nous devons  profiter (ton « bonheur » Philippe), parce que le passé n’est plus, et le futur pas encore. Pour finir, je ne partage pas la sérénité de Tintin. J’ai l’impression que la vie semble se résumer à un  petit point inquiétant où ce qui n’est pas encore devient subitement ce qui n’est plus . Le temps nous laisse démunis. Cet instant n’est donné que pour un instant et seulement à la suite d’un moment précédent qui se dérobe lorsqu’on essaie de le saisir, et qui rend impossible toute tentative de le vivre une seconde fois. En conséquence, tout mouvement de la vie intérieure et toute action physique se déroule dans le cadre du temps et est soumis à la loi inexorable de la succession. C’est moche non ? (se rassied)

Nishida : (bondit de sa chaise) Ton petit point inquiétant Karl c’est l’instant, c’est l’extrémité du présent absolu. Tu vois tout en noir ! Tout ce qui est se situe dans le temps. C’est la forme fondamentale de la réalité. Or, le temps se situe dans le présent qui lui-même se situe dans le soi. En réalité, le véritable soi n’est autre que le soi présent. Mais il y a aussi une sorte de temporalité englobante car le temps tourne dans  un maintenant éternel ! (se rassied)

Philippe : (se lève). Là, désolé,  je vole la parole (je suis chez moi !) . Quel enthousiasme. J’entends bien, Nishida, que ton présent absolu a un goût d’éternité. Que l’identité même du temps soit cet éternel présent qui le compose n’est pas pour me déplaire. Le temps, en tant qu’éternel présent, ne serait alors plus composé de dimensions temporelles, il n’y aurait pas d’avant, pas d’après, pas de dimension temporelle mais simplement un maintenant sans autre fin. Le temps serait donc intrinsèquement l’éternité d’un présent absolu. ?

Nishida : (resté assis) C’est tout à fait ça... Boit un coup, tu es tout pâle.

Philippe bois un verre

Philippe : Je reprends. On reviendra peut-être sur tout cela, mais, j’ai envie de nous remettre dans le temps. J’ai l’impression que nous ne tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir, trop lent à venir, comme pour hâter son avènement, ou alors nous rappelons le passé pour l’arrêter. Car le présent, le plus souvent, nous blesse. Que chacun ici examine ses propres pensées, il les trouvera toutes occupées au passé ou à l’avenir. Nous ne pensons presque pas au présent, et si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin. Le passé et le présent sont nos moyens, seul l’avenir est notre fin. Nos pensées sont alors respectivement regrets et crainte et la perspective du bonheur promis de l’instant présent est trop fugace pour que nous sachions ou voulions en profiter pleinement 

André: (resté assis) Et pourtant Philippe, il faut vivre aujourd’hui ! On peut se souvenir du passé ou rêver de l’avenir ? Bien sûr ! Mais ce rêve et ce souvenir n’existent eux-mêmes qu’au présent. Le temps s’impose à toi : tu ne peux l’utiliser pour agir qu’à condition d’abord de t’y soumettre.

Philippe : Mais pour agir, sagement j’entends, ne faut-il pas tenir compte du passé et de l’avenir ? » (s’assied)

André: (resté assis) Bien sûr que si ! Mais attention, vivre au présent, ce n’est pas vivre dans l’instant. Agir, c’est toujours continuer un certain passé, préparer un certain avenir… Mais cette continuation et cette préparation n’ont elles-mêmes de réalité qu’au présent. C’est pourquoi l’action et la fidélité sont tellement importantes : parce qu’elles seules peuvent donner au passé et à l’avenir cette actualité sans laquelle ils ne sont rien. Devoir de mémoire, devoir de responsabilité. Le passé n’existe plus ; mais il est à connaître et à transmettre. L’avenir n’existe pas ; mais il est à faire. (se rassied).

Augustin lève la main

Philippe : Oui Tintin ? Vas-y

Augustin : (se lève) Ton problème Philippe, c’est une perception exacerbée de la dynamique du temps qui s’écoule (Isaac hausse ostensiblement les sourcils) – non Isaac,  pas l’espace dans lequel il s’écoule

 (Grognement de l’intéressé).

C’est ton temps sensible, apparent. C'est l'esprit qui introduit la dimension du passé, du présent et de l'avenir. Le temps n'a donc pas d'être en lui-même, mais encore une fois il n'existe que dans l'esprit ou notre conscience, c’est-à-dire qu’il s’enracine dans notre subjectivité. Il n’est au final composé que d’inexistences qui définissent le temps réel, le temps absolu (par opposition au temps sensible). Il ne faut pas confondre le temps sensible, que l’on perçoit, et qui est relatif, avec le temps absolu qui le sous-tend. Nous en sommes tous victimes... 

Philippe : (resté assis) Donc dire que le temps est absolu, c’est dire qu’il n’appartient, ni au monde extérieur (matériel et sensible), ni à notre esprit. Il existerait, même si le monde ou notre esprit n’existaient pas ? 

Augustin : « C’est l’idée ». (se rassied)

Blaise : (se lève)  Au risque de passer pour un sceptique,  j’ai le sentiment  que la temporalité de la conscience humaine fait nous ne saurions vivre au temps présent. Nous ne saurions faire autre chose que de tendre à un avenir comme à une finalité. Nous ne faisons que travailler pour un meilleur avenir, ou plus exactement, pour l’idée que nous nous faisons du meilleur avenir. Autrement dit, nous nous engageons, dès notre naissance ou au moins dès l’âge de raison, dans toutes sortes de jeux dont l’enjeu est un heureux avenir ». Alors le présent, tu sais.... » (se rassied)

Emmanuel lève une main.

Philippe : Emmanuel tu as un commentaire à faire ?»

Emmanuel : (se lève) Oui, je voudrais abonder à ce que dit Augustin. Le temps ne peut être un objet réel, parce que s’il l’était, on pourrait se représenter un temps vide d’objets, le temps pourrait exister indépendamment de tout objet réel

Isaac laisse échapper un nouveau grognement (Emmanuel ne s’interromps pas)

Il ne peut pas non plus être une propriété inhérente aux choses en soi, car alors, il devrait être connu a posteriori - je vous rappelle que est dite a posteriori, toute connaissance qui dépend de l’expérience - et ne serait par conséquent pas la condition même de toute expérience ; or, le temps est nécessairement la condition même de toute expérience, car on ne peut se rapporter à rien sans nous référer au temps ; donc le temps est a priori; donc s’il est a priori il ne peut qu’être une structure de notre esprit. Sic demonstratum… 

Ceci dit,  si le temps est subjectif, cela ne l’empêche pas d’être nécessairement objectif par rapport à tous les phénomènes et, par suite, par rapport à toutes les choses qui peuvent se présenter à nous dans l’expérience. Le temps est " réel " en ce qu’il est une forme de notre esprit que nous ne pouvons nier et qui est universelle pour tout être humain. Subjectif ne s’oppose pas à objectif et n’est nullement synonyme d’illusion. Subjectif veut dire " qui appartient à l’esprit humain " et objectif,  que tout être humain normalement constitué doit percevoir les phénomènes dans le temps et que nous ne pouvons avoir aucune expérience sans le temps. Ainsi, plutôt que " subjectif", je préfère dire, " idéalité transcendantale " (toussotements). Le temps est idéal, car il n’est pas un être réel et transcendantal : il préexiste aux objets de l’expérience et en conditionne la connaissance (se rassied)

Isaac : Je crois qu’il a dit, il était temps…

Philippe : (assis) Il faut qu’on avance, nous n’avons pas encore abordé la question de l’éternité. Mais avant, Pascal a parlé de temporalité de la conscience, est-ce que ce n’est pas confondre temps et temporalité. Quelle est la différence ? »

André lève la main

Philippe : Aaah, André va nous éclairer. Nous t’écoutons

André: (se lève)  Je me cite : La temporalité, c’est le temps tel qu’il apparaît à la conscience : c’est le temps vécu, le temps subjectif, le temps de l’âme, si l’on veut. Elle est surtout composée de souvenirs du passé et d’anticipations du futur : la mémoire et l’imagination nous occupent davantage que l’attention ; l’espérance ou la nostalgie davantage que l’action ! Ce que j’appelle le temps, au contraire, c’est la durée telle qu’elle existe objectivement, dans le monde ou la nature. Or, dans la nature, rien n’est jamais passé ni futur, tout est présent : le réel, c’est ce qui existe actuellement. D’un côté, donc, une temporalité toujours distendue, dans notre esprit, entre le passé et l’avenir ; de l’autre, un temps réel, toujours concentré dans le présent »

Philippe : (resté assis) Quel est le plus important ?

André : Les deux  sont nécessaires. Mais le temps, d’un point de vue philosophique, est plus fondamental : parce qu’il contient la temporalité (la mémoire et l’imagination n’existent elles-mêmes qu’au présent), alors que celle-ci ne saurait le contenir tout entier. Notre conscience est dans le monde, bien plus que le monde n’est dans notre conscience (se rassied)

Philippe : (toujours assis) Bon, mais alors l’éternité maintenant? Il me semble qu’il y a deux manières de voir les choses : ou bien  l’éternité est une durée infinie, infinie en amont du temps présent (passé) et infinie en aval du temps présent (futur) ou alors une réalité en dehors du temps. En somme l’éternité est le sans-temps qui contient tous les temps. Il me semble que cette seconde définition donne un bon point de départ. Isaac ?

Isaac : (se lève) D’accord avec ça. Il y a d’ailleurs une dimension symbolique du temps qui nous en offre une image ..... 

Philippe : (assis, l’interrompt) Je vois où tu veux en venir mon F\, mais on s’écarte peu du sujet non ?

Isaac : Que nenni mon bon F\ !  Comme moi tu travailles de midi à minuit, dans un temps (et un espace soit dit en passant) protégé des tumultes extérieurs, un temps immobile mais actif, dynamique et créatif. C’est un éternel présent dont on ne saurait dire qu’il a été ou qu’il sera. Ce temps se recrée en permanence. Cette relativisation du temps et de l’espace est une façon de morceler l’éternité. De tenues en tenues nous surgissons dans une éternité nouvelle mais identique. Comme nous, elle est hors du temps, mais nous ne le faisons qu’en pointillé. (se rassied)

Augustin : (se lève) Chers amis, vous semblez tenir à opposer présent et éternité. Or la seule chose que l’on peut opposer à l’éternité, c’est la durée. L'éternité n'est pas la durée sans limite et sans fin. Elle est justement la négation de la succession, du mouvement et du devenir, c'est le mode d'existence d'un être qui, par nature, serait immobile, supérieur et extérieur au temps. Elle n'est donc pas un lieu, mais plutôt un état, ou mieux encore un éternel présent. Elle n'est pas une froide solitude, mais la joie d'être en présence de Dieu, une plénitude de Vie. C’est le « perpétuel aujourd’hui » de Dieu. Dieu est celui qui est, celui qui a été et celui qui sera. L’instant, pour lui, n’existe pas et, a fortiori, la durée qui n’est qu’une somme déterminée d’instants accumulés. Vivre une vie d’homme, c’est expérimenter consciemment la durée, ce qui est impossible à la divinité éternelle. Et pour expérimenter cette durée en homme libre, il ne faut pas simplement ajouter des instants au passé, remplir à nouveau ce qui est devenu vide, en clair subir passivement la dualité ; il faut, au contraire, s’en libérer en vivant pleinement cet éternel présent. (se rassied)

Blaise : (resté assis) Aaah ces jansénistes…Augustin....Bien tragique position que celle de l’homme, perdu entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, perdu entre la finitude de toutes ses connaissances et l’infini de la sagesse divine, perdu encore entre un passé qui n’est plus et un avenir qui n’est pas encore, perdu enfin entre un instant insaisissable et une éternité impossible. Ce présent est une prison aux murs opaques ! 

Isaac : (resté assis) Je te trouve bien lyrique Blaise. Allez, Je laisse parler le F\M\ en moi. Non, cet éternel présent n’est pas, comme tu le suggères Blaise, une prison aux murs opaques, mais bien une ouverture vers l’équilibre de la sagesse, un affranchissement définitif de la dualité, une porte cette fois grande ouverte sur l’univers où l’homme libre est à sa juste place en tant que lien pensant entre le macrocosme et le microcosme

Karl : (resté assis)  Je rejoins Tintin. Cet éternel présent  est plutôt un aboutissement du temps projeté dans le temps depuis l’au-delà du futur, c’est-à-dire depuis une éternité eschatologique. Elle est en devenir dans l’être humain lui-même et dans chaque instant du temps, l’humain peut remettre toute chose à Dieu, dont lui-même. Mais bon, vous ne serez pas tous d’accord... 

Augustin : (resté assis)  La difficulté ici c’est qu’on ne comprend pas le concept d’éternité précisément parce qu’on essaye de le comprendre à partir du schéma classique de temporalité. Or le temps – tout comme l’espace – n’existent pas (Isaac s’étrangle) : ils ne sont qu’une création de Dieu. Par ailleurs, le processus de création n’admet pas intrinsèquement de temporalité, cette création est intrinsèque à Dieu lui même. Elle n’est donc pas un processus qui admet une temporalité puisque la temporalité est elle même création de Dieu. On ne peut donc situer la création dans une temporalité quelconque puisqu’elle préexiste à toute forme de temporalité, d’une certaine façon elle est, comme Dieu, éternelle

Philippe : (se lève) On avait dit pas de religion ! Heureusement que je n’ai pas invité Marc-Alain Ouaknine sinon nous serons encore là demain matin. Je propose que l’on s’arrête là. De toute manière tout le monde a sans doute un peu raison. Tiens, Platon on ne t’a pas entendu mais je t’ai senti très attentif… (se rassied)

Platon : (se lève) Je vais prendre les choses un peu à revers… Je pose que nous sommes d’accord qu’il faille distinguer le monde sensible (celui dans lequel nous vivons) de celui des idées, l’intelligible ? Bien (toussotements autour de la table toutefois, mais c’est l’ainé, alors...). Eh bien, pour moi les concepts, notions et idées abstraites existent réellement : ils sont immuables et universels. Ainsi ce monde des Idées est l’éternité même: fixe, universel et sans aucune temporalité. En cela, elle reste dans l’unité. Même Tintin doit s’y retrouver…. Cela dit, il y a une dimension quantique qui me plonge encore dans le doute : ou bien l’être des Idées est éternel au sens de ce modèle intemporel du temps, et seul l’être des choses qui participent à elles est temporel, ou bien tout être est temporel, et l’éternité des Idées n’est rien d’autre qu’une durée temporelle illimitée. Ou alors les deux à la fois… Là je cale un peu. (se rassied)

Philippe : (resté assis) Tu n’es pas le seul à te nourrir de contradictions. Si je m’en réfère à un échange très récent avec Hegel (il m’a aidé à faire les courses pour ce soir mais était déjà invité ailleurs), et si j’ai bien compris, il n’oppose pas l’éternité et le temps mais au contraire définit cette notion par et à travers le temps. Son temps est du pur écoulement du maintenant dans la succession. Pour lui le temps même est éternel. Je suis complètement dérouté  par l’idée de définir l’éternité à partir de cette succession. C’est éminemment paradoxal. Enfin, je dis ça, je ne dis rien… »

Minuit plein. On sonne à la porte. Philippe va ouvrir à Franz Kafka.

Philippe : Bienvenue Franz

Les deux vont s’asseoir

Franz : (en s’asseyant) Désolé pour mon retard, avec les problèmes de stationnement à Colmar ma voiture s’est métamorphosée en prune (de 135 euros). J’ai du marcher.

Philippe : Franz, tu arrives un peu après le match, mais on était juste en train d’évoquer l’éternité, tu imagines bien ce que nous avons pu nous dire. Tu as un éclairage pour conclure ? 

Franz : L'éternité c'est long, surtout vers la fin 

La tablée s’esclaffe : « Ah ah, on la connaissait déjà celle-là ! ». Elle est de Woody Allen !).

Franz : « Oui bon… mais n’y a pas de quoi rire, chez moi tout se termine toujours par l’échec, ou la mort. Vous avez déjà fini de manger ? »

FIN

 

Avec une dédicace spéciale à celui qui a largement inspiré le texte,

mon ami et Frère

Pa:. B:.ID

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LE RITUEL OU L'ALCHIMIE VECTORIELLE

8 Mai 2019 , Rédigé par Philippe A. Publié dans #Pseudo-délires

Je ne vous propose pas aujourd’hui de gloser sur une question de sémantique autour du rituel. Je ne donnerai pas la définition que donne Wikipedia. Je ne m’attarderai pas sur l’articulation rite-rituel.

J’ai simplement envie de partager une méthode, ma méthode, pour que le rituel, ou plutôt le cérémonial (qui est la manifestation codifiée du rite) me dématérialise dans l’espace profane et me rematérialise dans l’espace sacré (non pas au sens religieux, mais au sens premier de « séparé »). La méthode va un peu au-delà du conditionnement engendré partiellement par la théâtralité du lieu, des mouvements et des mots, la codification et surtout la régularité... car le rituel a une fonction fondamentalement pavlovienne.

Ici tout est symbole nous a-t-on dit le jour de notre renaissance. Le cérémonial n’y échappe pas. La déambulation, la triangulation, les symboles matérialisés, le choc des maillets, la musique, la géométrie visible, invisible ou matérialisée du temple enfin, masquent un autre univers symbolique.

Cet univers, cet espace social, déprofané, qui laisse vivre le « je » en générant le « nous », cet espace d’égalité et de transmission, de détachement de nos métaux, possède une dimension cachée. Et c’est elle qui rend le cérémonial opérant en créant un lien universel entre le Microcosme (l’Homme) et le Macrocosme (l’Univers).  Cette dimension, dans mon imaginaire, est vectorielle.

S’il est une chose que nul ne peut ignorer en pénétrant en ces lieux, c’est bien la forme de la loge. Sa longueur, de l’Occident à l’Orient. On la matérialise bien par la double lecture des colonnes dressées qui projettent leur image horizontalement vers l’Orient. On s’oriente facilement par les symboles visibles. Sa largeur, du Midi au Septentrion. Peu de repères symboliques visibles dans ce cas au-delà des colonnes et des bavettes. Sa hauteur: du Zénith au Nadir. Là, l‘univers visible nous offre le fil à plomb, enfin le seul visible car il en est autant, on le verra, que de FF\ et SS\ sur les colonnes.

Nous disposons donc d’une structure spatiale rassurante, bien que sans limite dans le sens vertical, au moins, chargée de mystérieux messages nous exhortant au progrès, au partage et à la compassion. Mais ce n’est là que la partie visible de notre iceberg symbolique.

Le temps également s’est contracté et l’idée, la perception, de travailler dans un espace temporel symbolique bien délimité est aussi rassurant.

A chaque tenue nous fondons l’Univers et le reformons. Ceci n’est possible que parce que l’ensemble des éléments du cérémonial – dont la portée dépasse de loin les séquences d’ouverture ou de fermeture des travaux – nous offre une structure seconde de l’espace, dématérialisée, invisible mais multiforme. Une géométrie d’entrelacs vectoriels ou sinusoïdaux qui sont destinés à véhiculer nos mots intérieurs.

Pour partager ma méthode, mes SS\ et FF\, fermez les yeux et entendez les pulsations des espaces, certains diraient la musique des sphères, car c’est là que nous allons. Cessons de parler des symboles, laissons les parler en nous.

Tout ce qui relève du vibratoire, du mouvement, de l’ondulatoire nous allons le matérialiser intérieurement, nous ne sommes plus qu’un espace vectoriel encore vide

Le V\M\ vient de donner son premier coup de maillet. Il va nous inviter à parcourir le chemin de la connaissance. Le rituel devient véhicule initiatique. Il s’agit de prendre une place physique, mais surtout une place intérieure en  harmonie avec l’univers et la magie des symboles du rituel d’ouverture.

Visualisez l’onde de choc. Des arcs concentriques qui se déplacent à la vitesse du son vers l’Occident. Profitez en bien, car jamais le son ne sera plus lent qu’à ce moment là. Tout ce qui suivra sera à la vitesse de la pensée. Ces arcs caressent nos têtes et viennent percuter les surveillants qui répondent au V\M\. Deux autres chocs, deux autres séries d’arcs qui reviennent, en accélération et en résonance, à l’Orient. Nos fils à plomb individuels subissent une légère vibration qui est le signe du premier éveil. A l’Orient, le V\M\ absorbe cette énergie. Car, sur ces lignes d’arcs nous avons déjà déposé quelques spores, nos spores d’égrégore, cette force partagée, cette énergie psychique collective qui éveille les consciences. Myriades de gamètes de la pensée essaimée. Imaginez des gouttelettes de rosée sur une tige. La tension superficielle les maintient en place mais cet équilibre est fragile.

Des mots sont échangés pour nous rappeler où nous sommes. Derrière le message verbal, encore le vibratoire. Les fils à plombs faseyent et oscillent légèrement dans le sens longitudinal mais la verticale demeure. Le mouvement libère toutefois quelques spores qui gravitent à faible distance du fil à plomb.

Ensuite, les premiers mouvements. Le tuilage intérieur. Si vos yeux sont toujours fermés, imaginez les surveillants déroulant derrière eux un mince fil de lumière qui ne s’éteindra pas. De délicates arabesques se forment en fresque mouvante, en lames sourdes et halos lunaires. L’oscillation de nos fils à plomb cesse. Les premières spores d’égrégore libérées de la perpendiculaire par la gravité symbolique viennent s’ancrer sur ces fils. Ces fils resteront présents jusqu’à minuit. Les arcs n’ont pas disparus pour autant, des trajectoires passées et à venir se tissent, se nattent… et l’espace révèle une nouvelle structure.

Peu après, nous entrons nous mêmes en mouvement. Avec la mise à l’ordre nous commençons en fait à nous hisser le long du fil. Ce faisant, une magie opère. Nos fils fusionnent ; ils sont un et plusieurs en même temps. Les spores d’égrégore des SS\ et des FF\ se touchent, fusionnent aussi, se séparent, se recroisent. Des colonnes lumineuses se sont dressées dans la houle de tiédeur. Les membranes délicates de nos cocons sont dissoutes par le ressac des spires.

 L’entropie génératrice est en marche.

L’espace va se complexifier avec l’avancée des travaux. Chaque déambulation va tisser son fil de lumière, qui se mêle à ceux déjà posés. Chaque mot, la lumière de chaque symbole visible sur lesquels nos yeux se portent, chaque regard intérieur va générer son vecteur. La triangulation de la parole offre des voies annexes de circulation des spores et évite les collisions inutiles. Nous enjambons les orages de la vague allégorique.  La rosée d’égrégore, produite par notre compréhension, de nous même et des autres, se déplace sur cet enchevêtrement, toujours à la vitesse de la pensée. Dans toutes les dimensions. Et dans l’espace-temps qui est le nôtre, chaque trajet est unique. La richesse de la transmission est là : le perfectionnement est individuel mais il est le produit de la fraternité, du partage. La connaissance devient palpable sur nos ellipses intérieures.

Le danger réside dans les oscillations induites par le métal. Il y a une sensibilité magnétique du fil à plomb, qui peut perturber le mouvement de nos maillets et rendre nos ciseaux assez imprécis pour que certaines des lignes de lumières qui structurent notre espace, prennent un voile léger. Léger mais suffisant pour que la rosée, nos spores, viennent s’accumuler - gravité oblige- en grosse goutte qui finira par quitter le fil et rejoindre le sol matériel. Pas le Nadir. Le carrelage ou la moquette….  Un peu d’égrégore, d’énergie collective perdue. Mais la ligne reprend sa forme après un temps. Un certain temps, qui est fonction de la densité et de la force de l’attraction des arcs et des lignes des lumières de la loge. L’horizontalité revenue, magie de la tension superficielle, une spore est restée sur le fil. C’est une spore mémorielle. Celle-là s’est durcie et gardera toujours sa place. Cette goutte gelée sera traversées par d’autres, en mouvement elles, et chaque passage lui fera murmurer « plus jamais ».

De midi à minuit, on peut ainsi s’astreindre à vivre et à guider la sérénité des travaux en choisissant dans l’écheveau qui se constitue la voie qui combinera les spores d’égrégore en pensées positives. Imaginez un grand huit et des wagonnets qui se déplacent à la vitesse de la pensée. On en peut pas fixer un point mais on peu les fixer tous. On ne sait pas qui est à bord mais il y est. On ne distingue plus une spore de l’autre mais c’est le nuage statistique et vectoriel qui délivre le message. Une altération symbolique de l’équation de Schrödinger. Et ce nuage se concentre lors de la Chaine d’Union. L’écheveau des lignes et les volutes des arcs se pelotonnent au centre du pavé mosaïque, un fluide magnétique alors parcourt cette ligne fermée et fait que chacun, à son tour, devient un centre. Les spores, enrichies, certaines venant du passé auquel elles nous relient, redistribuées par l’axis mundi, regagnent les SS\ et les FF\, génèrent l’énergie de l’avenir et dessinent dans l’âme de grands manteaux de lumière comme des faisceaux anguleux et tièdes pour donner une rigueur à l’espace du dehors.

 

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