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L'EPOPEE DE GILGAMESH - Partie I (l'histoire)

14 Avril 2025 Publié dans #Planches sur le marbre

INTRODUCTION

Je vous propose ce midi un sujet qui est au programme de la classe 6ème… mais nous devrions nous en sortir, j’ai bon espoir. Je n’ai pas beaucoup travaillé car je me propose surtout de vous conter cette saga mésopotamienne. A une autre occasion, je vous proposerai, si vous le souhaitez, que nous examinions ensemble la portée du contenu philosophique ou moral de cette histoire.

Pour nombre d’entre vous ce ne sera peut-être pas nouveau, pour d’autres, eh bien ce sera l’occasion de découvrir ce mythe (ou quasi mythe puisque le protagoniste principal, GILGAMESH, a réellement existé)  C’est une histoire d’amour, d’amour fraternel (voire mieux) et de mort. Enfin surtout la peur de la mort et la quête de l’immortalité. C’est aussi un témoignage de la transformation de soi et des limites humaines. L'épopée de GILGAMESH aura une influence absolument considérable, vous le verrez plus loin, à la fois sur la Bible et sur la mythologie grecque.

Cette épopée de GILGAMESH est le premier récit imaginaire écrit connu de l'histoire de l'humanité Mais nous n’en connaissons pas l’auteur. Elle a été écrite au XVIIIème siècle avant JC dans le contexte de la Mésopotamie antique, une région florissante située entre les fleuves Tigre et Euphrate (là où on ne peut pas manger d’omelette). C’est donc 10 siècles avant l’Odyssée… Le texte de cette épopée est tiré d’une douzaine de tablettes cunéiformes sumériennes (en langues akkadienne).

Pour rappel, au IVème millénaire avant JC, Sumériens et Sémites se regroupent pour constituer la civilisation «akkadienne», au sein de la Mésopotamie qui occupait en gros l’espace de l’Irak actuel. Le pays est alors constitué de «Cités-Etats» indépendants, plus ou moins toujours en rivalité ou en guerre.

C’est vers 2650 qu’aurait probablement vécu GILGAMESH, roi d’Uruk, une de ces cités-états située le long de l’Euphrate, dans le Sud de l’Irak actuel, et nommée aujourd’hui Warka.

Avant d’entamer ce récit, je voudrais commenter sur son titre. L’épopée de GILGAMESH est aussi c’elle d’ENKIDU, l’autre protagoniste de l’histoire qui porte une charge philosophique pas moindre que celle de GILGAMESH. Nous verrons comment.

 

DEROULE DE L’EPOPEE

GILGAMESH et ENKIDU

  1. GILGAMESH règne en tyran sur la cité d’Uruk une des principales cités sumériennes de Mésopotamie.
  2. Il est décrit comme un roi absolument terrible. Il est au deux tiers humain et un tiers divin. Il est trois fois plus grand que tous les autres humains. Il est incroyablement beau, incroyablement fort, et terrorise les habitants : Il profite de sa force pour asservir les jeunes gens. Il courtise de manière très autoritaire les jeunes filles, en fait des courtisanes. Il pratique de surcroit et assidument le droit de cuissage sur toutes les jeunes épousées. Il n’a pas d’ami et son comportement révèlent, je crois, l’ennui.
  3. Mais des plaintes montent d’Uruk et les dieux, qui n’aiment quand même qu’à moitié voir un mortel manifester tant d’ubris, décident de tempérer ses excès. Pour cela, le père des dieux, ANU, charge ARURU déesse créatrice, de façonner un être qui soit exactement comme GILGAMESH : aussi grand, aussi beau, et aussi fort. Comme il était sans rival, personne n’osant le défier, ils décident de lui en donner un.
  4. C’est ainsi qu’ENKIDU, façonné dans l’agile, arrive sur terre, près d’Uruk.
  5. Il arrive tout nu, velu comme un singe, il mange par terre, court après les animaux, il les mange tout cru et il boit en lapant l'eau des lacs… il ne parle pas, comme les animaux. C’est un sauvage.
  6. Un chasseur voit cette espèce de monstre terrifiant et court immédiatement vers le palais de GILGAMESH pour dire à GILGAMESH qu'il y a une espèce de monstre terrifiant qui se balade dans la forêt
  7. GILGAMESH, qui connait le pouvoir des femmes, décide de ne pas se fatiguer,  choisit la plus ravissante de ses courtisanes,  la joyeuse (SHAMHAT), pour amadouer le monstre. La joyeuse est pourvue d’appâts qui débordent de partout, et, sans peur de la bête, elle entreprend de le séduire. Et ça marche…Elle s’accouple avec lui pendant sept jours. Au final ENKIDU est fou amoureux. La joyeuse en profite pour le civiliser : elle le lave le rase, l'habille. Elle lui apprend à parler, à manger des aliments cuits avec des ustensiles de cuisine…bref, elle en fait un être civilisé. Elle lui parle, évidemment, de GILGAMESH, le puissant.
  8. ENKIDU, qui reste une créature du défi de la nature, se alors rend à Uruk où il rencontre GILGAMESH. A son entrée de dans Uruk, ENKIDU est accueilli par une foule en liesse qui voit en lui son sauveur. Effectivement, après qu’à un mariage, ENKIDU ait interdit au roi venu exercer son droit de cuissage, l’entrée de la chambre nuptiale, les deux hommes se battent férocement
  9. Mais comme ils sont parfaitement à égalité, aucun des deux ne l'emporte. Et finalement, après des heures de bagarre, ils tombent dans les bras l'un de l'autre et ils deviennent les meilleurs amis du monde. Et là, commence une histoire d’amour fraternel. Un amour puissant...

 

La quête de la gloire

  1. Nos deux compères, avides de gloire, décident de partir à l’aventure ensemble pour terrasser des monstres terrifiants et surnaturels. L’idée c’est bien évidemment de revenir à Uruk en héros et de séduire encore plus de jeunes filles. NINSUN, la mère de GILGAMESH, qui incarne la sagesse et le soutien maternel dans les moments critiques, les conseille pour cette aventure. Ils décident d’affronter le terrible HUMBABA, gardien de la forêt de cèdres. Le cèdre est une richesse formidable pour la construction, notamment navale
  2. Les deux héros prennent donc la route des cèdres. En trois jours de marche (au lieu de 3 mois)  ils ont franchi 1600 kms, mais chaque nuit GILGAMESH fait des songes prémonitoires angoissants, qu’il confie à ENKIDU.  Mais ENKIDU lui interprète ses rêves de manière positive et l’assure qu’ils ressortiront vainqueurs.
  3. Ils arrivent dans la forêt de cèdres et vont à la rencontre du terrible HUMBABA. GILGAMESH l’attire en commençant à couper un cèdre ce qui agace le gardien de la forêt. Les combats font rage. Mais SHAMASH (dieu du soleil) jette dans la dernière bataille les treize grands vents, et l’ouragan qui va bloquer le géant afin de l’immobiliser et de l’aveugler. GILGAMESH et ENKIDU réussissent alors à abattre HUMBABA. GILGAMESH abat alors les cèdres et les fait flotter vers Uruk.
  4. La déesse ISHTAR, à la suite de cet exploit se sent très attirée par GILGAMESH. La gloire qu’il porte sur lui fait qu’elle le trouve de plus en plus à son goût. Elle lui propose le mariage, une vie de délices etc… Mais c’est sans compter sur sa réputation de croqueuse d‘homme. GILGAMESH lui rappelle comment elle a consommé ses anciens amants et refuse donc les avances d’ISHTAR.
  5. ISHTAR, humiliée, demande à son père (ANU), de lui envoyer un taureau céleste pour le punir. Le dieu de la lune tente de l’en dissuader mais ISHTAR menace de libérer les âmes des enfers. Pour ne pas prendre ce risque (qui serait terrible pour les humains), ANU satisfait à la demande de sa fille et envoie le taureau à Uruk.
  6. C’est une bête terrible, qui tue cent hommes à chaque fois que ses sabots frappent le sol… GILGAMESH et ENKIDU  l’affrontent. Encore une fois, l’union faisant la force, ils sont victorieux. Ce qui leur vaut une certaine admiration de la population.

 

La mort d’ENKIDU

  1. Mais la mort du taureau céleste contrarie les dieux qui veulent alors venger cet affront. Après discussion entre eux, il est décidé, selon le souhait d’ANU, qu’ENKIDU doive mourir pour punir GILGAMESH. Ils envoient un songe en ce sens à ENKIDU qui tombe malade en sachant qu’il va mourir. ENKIDU se révolte contre les dieux et surtout contre la Joyeuse qui lui a ouvert tout un monde dont il ne pourra au final pas profiter. En quittant sa situation « animale » et en devenant un homme civilisé, il a aussi perdu l’absence de peur de la mort. Il s’insurge contre l’inutilité de ce qu’il a vécu jusqu’alors et maudit la Joyeuse.
  2. C’est là que SHAMASH intervient. Pour lui faire remarquer que bien sûr il va mourir, comme tous les hommes. Mais que la Joyeuse lui a donné tout ce qu'on peut donner de plus beau à un humain : permis de découvrir l'amour, de devenir un humain, de rencontrer l'amitié, d'être civilisé, de découvrir la culture et d'avoir des aventures magnifiques. Et que c'est grâce à la joyeuse qu’il a eu une belle vie avant de mourir. ENKIDU, qui réalise enfin tout cela, change d'avis se met à la bénir la Joyeuse. Malgré cela, il reste malade. Il reste alité pendant douze jours avant de mourir, honteux de n’avoir pas péri sur un champ de bataille.
  3. La mort d’ENKIDU, son seul véritable ami, pour ne pas dire amour, provoque le désespoir de GILGAMESH.
  4. Il est dévasté. Il ordonne le deuil et offre de magnifiques funérailles à son ami. Ce faisant il prend conscience de sa propre mortalité ce qui le terrorise.

 

La quête de l’immortalité

  1. GILGAMESH offre alors des sacrifices à Shamash avant de revêtir une peau de lion et partir errer dans la steppe. A la recherche de l’immortalité. Et cette immortalité, il compte bien l’obtenir  auprès d’OUTA-NAPISHTIM, seul homme connu à avoir reçu le don d’immortalité.
  2. Son périple est long et périlleux. Il parvient devant une montagne dont le sommet atteint la voûte du ciel, appelée « Monts Jumeaux », qui chaque jour, gardent l’entrée et la sortie du Soleil. Il y rencontre l’Homme-scorpion et ses femelles, redoutables et terrifiantes, qui gardent la montagne. L’Homme-scorpion dit à GILGAMESH que personne n’a pu traverser le passage de la montagne, ni faire ce chemin où l’obscurité est totale. "C’est une épreuve. Cent mille pas dans l’obscurité de ta vie. Et cent mille de tes plus noires pensées pour compagne !"
  3. Ils le laissent passer, constatant les épreuves et efforts fournis pour parcourir un si long chemin. Le vent du Nord frappe le visage de GILGAMESH ; l’obscurité est profonde, sans la moindre lumière, mais il continue d’avancer sur « l’itinéraire du Soleil ».
  4. Ses peurs lui font perdre conscience. A midi, le soleil règne et GILGAMESH se réveille dans le Jardin-des-Arbres-à-Gemmes. SHAMASH s’adresse alors à lui «où vas-tu GILGAMESH?  La vie que tu cherches tu ne la trouveras pas».
  5. GILGAMESH ignore l’avertissement et continue son périple. Il arrive au bord de la mer où règne SIDOURI, la cabaretière des dieux et gardienne des enfers, qui lui tient un discours similaire à celui du Dieu SHAMASH et  lui rappelle son humaine condition.
  6. Il lui demande alors comment trouver OUTA-NAPISHTIM ; elle le lui indique, afin qu'il poursuive sa quête. Mais pour cela, il devra traverser l’océan et les eaux mortelles pour atteindre l'île des Bienheureux. Seul le passeur des âmes, nommé OUR-SHANABI, pourrait l’emmener sur l’autre rivage. En précisant toutefois que personne n’a jamais franchi les eaux mortelles.
  7. GILGAMESH décide d’aller voir OUR-SHANABI. Mais agacé par sa rencontre avec SIDURI et ne pouvant tolérer un refus, il décida d'effrayer l'homme en hurlant et en tuant Ceux-de-pierre, les amis rocailleux du passeur.
  8. Comprenant que son interlocuteur était fou, OUR-SHANABI accepte de lui faire traverser la mer et lui demanda ce qui le mettait dans un tel état de rage. GILGAMESH lui conta la mort de son ami et lui exprima son désespoir à l'idée de connaître une fin aussi tragique. OUR-SHANABI se montra compréhensif, mais l'informa que la traversée allait être retardée, par la faute même de GILGAMESH. En effet, c'étaient Ceux-de-pierre qui lui permettaient de flotter sur l'eau.
  9. OUR-SHANABI lui confia la mission de construire un radeau, pour se rendre sur l'eau de manière plus conventionnelle. Ainsi, les deux compères purent embarquer pour trois jours de voyage. OUR-SHANABI prévint GILGAMESH qu'il ne devait en aucun cas toucher l'eau, celle-ci pouvant aspirer ce qui lui restait de vie.

 

Rencontre de OUTA-NAPISHTIM 

  1. Finalement, GILGAMESH arrive auprès d’OUTA-NAPISHTIM qui lui révèle alors le secret de son immortalité : le dieu ENLIL (chef des dieux) avait décidé de noyer le monde, mais EA (maître des eaux douces souterraines) l’avait averti de la catastrophe et lui avait conseillé de se construire un bateau pour survivre. OUTA-NAPISHTIM sauvera ainsi sa famille, les animaux, les domestiques et les artisans du déluge. A la suite de quoi, les dieux accordèrent l’immortalité à OUTA-NAPISHTIM  ainsi qu’à sa femme.
  2. Comme GILGAMESH insiste, OUTA-NAPISHTIM  le met au défi de rester éveillé pendant six jours et sept nuits pour prouver sa valeur. GILGAMESH échoue et finit par s’endormir. OUTA-NAPISHTIM lui fait donc comprendre qu’il ne peut pas vaincre la grande mort s’il est incapable de vaincre la petite mort (sommeil). GILGAMESH finit par accepter sa condition de mortel.
  3. Prise de compassion pour GILGAMESH la femme d’UTNAPISHTIM lui offre une herbe de jouvence, mais sur le chemin de retour vers Uruk, un serpent lui dérobe les herbes.

 

La fin de l’histoire

  1. Il arrive donc bredouille à Uruk. Il monte sur les remparts et contemple la ville qu’il trouve magnifique. A ce moment il comprend qu’il il va lui falloir accepter son sort.

 

GILGAMESH n’a pas trouvé le secret de l’immortalité, mais en étant allé au bout de lui-même, il a accompli sa métamorphose intérieure : il n’a pas trouvé l’objet de sa quête, mais il a trouvé la sagesse. Il a appris à mieux se connaître, et à mieux accomplir sa part d’humanité.

L’histoire ne va pas plus loin. En terme cinématographique on pourrait pense que ça se termine en eau de boudin… Pas de morale, pas de promesse. Du point de vue d’un franc-maçon, évidemment, c’est différent.

L’épopée de GILGAMESH, exprime l’attitude universelle et invariable de l’homme devant la condition humaine. C’est aussi « l’épreuve » de la Connaissance. GILGAMESH a quitté « sa maison » pour aller vers « soi-même ». Il y réussi au travers d’épreuves et de rencontres, qui sont autant de voyages initiatiques. Et cela peut nous inspirer…. Mais ce sera pour une prochaine fois.

 

A suivre: L'EPOPEE DE GILGAMESH - Partie II (le questionnement)

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