planches au deuxieme grade

GLOIRE AU TRAVAIL

31 Août 2019 , Rédigé par Olivier M., Philippe A. Publié dans #Planches au deuxième grade

« Gloire au travail ». Dernier cartouche proposé à l’apprenti compagnon lors de son augmentation de salaire. Sa portée semble si évidente dans le contexte (du travail en loge) qu’on cesse très vite de s’interroger sur la pertinence de glorifier ce travail.

Mais, je me pose la question: le travail, avant de m’interroger sur son éventuelle glorification, c’est quoi ?

Si je pars sur une base scientifique (ma propension naturelle) je me dis que le travail d'une force (qui peut être un homme) est l'énergie (l’effort)  fournie par cette force lorsque son point d'application se déplace (ou plus généralement pour créer quelque chose : mouvement, objet, art, autre être humain… la maïeutique etc…). La science rejoint donc assez bien la philosophie : le travail est précurseur de la création et de la transformation. Donc de la production de valeur. A priori cela semble honorable. Cela inclus le travail profane, boulot alimentaire ou métier exercé dans l’exaltation, générateur, selon les cas, de grandissement spirituel, de frustrations, de reconnaissance. En outre, le travail est avec quelques autres occupations humaines (comme le rire), le propre de l’homme. Les animaux ne travaillent pas, ils obéissent à leur instinct. L‘homme est conscient et volontaire : il imagine ce qu’il veut créer et développe ses capacités de penser.  Il se construit. Et il construit sans doute un peu l’autre dans la mesure où le travail est une activité à vocation fondamentalement sociale.

D’ailleurs pour Henri Wallon (1879-1962), travailler c’est « contribuer par des services particuliers à l’existence de tous, afin d’assurer la sienne propre ». Ceci était sans doute encore plus vrai dans des périodes plus reculées de l’histoire où le travail se concevait parce qu’il fallait compenser la disproportion entre les besoins d’un groupe d’humains et les ressources naturelles dont il disposait. A y penser, cette disproportion persiste, ou se redécouvre, ailleurs… mais c’est un autre débat

Au début du XIXe siècle, une autre conception du travail se fait jour : le travail est désormais défini comme une liberté créatrice, "l'essence de l'homme"…. Honorable, mais il me semble que les Lumières s’estompent un peu… ?

En plus de l’honorabilité il faudra quand même un peu creuser pour savoir si on peut aller jusqu’à glorifier… Car le travail peut être contrainte, asservissement, voire, pour Nietzsche, constituer « la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulière

Sévère…. Mais alimenté par notre besoin exagéré d’action - le travail est une forme d’action à laquelle nous tendons à donner  une valeur éminente par lui-même et à l’exalter pour ce qu’il constituerait un devoir pour l’homme digne qui nous amène dans une sphère très « économique » où la contemplation et l’introspection n’ont pas toujours leur place. A tort d’ailleurs car ces deux éléments mettent en quelque sorte de l’ordre et du discernement dans l’action.

Mais puisque je me suis mis dans une posture qui voudrait démontrer que le travail peut-être a priori glorifié  je vais encore éliminer des formes délétères de considérations glorifiantes du travail :

« Arbeit macht frei »…  le travail libérateur prôné par les nazis, mouvance reprise  par Vichy avec  Travail, Famille, Patrie. Le mensonge, le reniement de la liberté individuelle, la dictature de l’opératif contraint. C’est un cas extrême mais il a existé, et il existe encore. Ailleurs et loin il est vrai….

Puis les 30 glorieuses : l’individu reprend sa place au centre d’une mécanique de construction économique mais avec des valeurs exacerbées de productivité et d’efficience mais qui pourraient donner raison à Nietzsche….

 

 

Et pourtant, car le travail stimule notre intelligence et nos perceptions, il semble que nous puissions y puiser notre humanité pour peu que l’on sache distinguer, derrière la conception moderne du travail, le droit inaliénable à l’oisiveté et à la contemplation

 

Il convient sans doute maintenant de distinguer le travail en tant que devoir moral naturel de l‘Homme du travail rituel en loge. Du travail spéculatif (je rappelle la définition du verbe spéculer  en philosophie : méditer… On est loin de la recherche de profit matériel…).

En loge, le travail cesse d’être une lutte, une charge ou un asservissement. Il est librement consenti alors même que son premier « produit », la vérité, est reconnu inatteignable. Mais il est un autre « produit ». Un produit qui est aussi carburant de la pensée : la liberté. Cette capacité que nous développons à nous diriger librement vers l’infini d’un objectif indéfinissable nous offre des paliers successifs de spiritualité et participe à la réalisation de soi et  à l’épanouissement des autres Il est certain que le travail en usine ou au bureau n’offre pas nécessairement les mêmes perspectives de grandissement et d’accomplissement….

J’ai lu sur le blog « Le Chemin » : « le Travail en Loge n’est que l’aboutissement du travail réalisé en dehors de la Loge pour le préparer. Il nécessite un sérieux effort personnel en amont, sans lequel la fréquentation de la Loge ne présenterait que peu d’intérêt ». On me propose ici un flux orienté extérieur-intérieur qui m’interpelle : j’avais pourtant la sensation que c’est mon action dans la cité qui était dépendante de la capacité développée en loge à me remettre en question pour apurer mon jugement ou mes perceptions, mon rapport à l’autre. Au mieux, ce flux est bidirectionnel. D’ailleurs c’est ce flux extérieur-intérieur qui est le plus souvent responsable de la dilatation des métaux en loge…

Je reste à penser que travailler à l’amélioration de la société est envisageable parce que nous travaillons – en loge – à l’amélioration de l’homme. La loge est un lieu privilégié et exclusif pour ce faire. L’autre flux correspond à un apport d’expérience qui peut enrichir les échanges… ou les empoisonner. D’où d’ailleurs ma faible propension pour les travaux sociétaux purs, que je peux effectuer en dehors du temple, et uniquement dans les domaines où je suis compétent. De tels travaux en loge, même s’ils sont une occasion pour des SS\ et des FF\ de conjuguer leurs idées, ce qui est honorable (mais pas nécessairement glorifiable) sont rarement conclusifs en raison de la « technicité » des sujets et donc relativement stériles. Si la F\M\ influence, ou nourrit, la réflexion politique, ce n’est sans doute pas au niveau d’un atelier.

Le travail spéculatif sur nous même, par le truchement du symbolisme dont il faut en  permanence affiner la compréhension, relève d’une alchimie spirituelle.  Ce travail-là, a pour seul produit dynamique la quintessence, celui qui nous hisse le long du fil à plomb et qui en même temps nous transporte sur le plan intérieur. L’esprit ne domine pas la matière, il s’en détache mais ne l’ignore pas. Notre travail est là.

Alors, gloire au travail ? Glorifier le travail ? Le travail, dans tous ses aspects est éminemment honorable, car l’effort requis, quels qu’en soient les moteurs ou stimuli, et le travail bien fait  doivent être honorés. Mais le travail spéculatif, celui qui permet à toutes les autres formes d’effort de s’exprimer dans  la sagesse, offre un éclat unique, un rayonnement qui fait sa gloire, c’est à dire sa visibilité et sa puissance d’impact sur l’Homme unanimement et positivement reconnue par ceux qui le pratiquent et ressenti par ceux qui ignorent cet effort fourni par nous.

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LE LEVIER : OUTIL OBSOLETE OU INTEMPOREL? ET LE RESTE DE TON BAGAGE?

20 Juillet 2019 , Rédigé par Philippe A. Publié dans #Planches au deuxième grade

Drôle de question, mais le V:.M:. a toujours raison... Alors on y va!

 

Introduction

Tout salaire mérite sa peine. En gravissant 5 marches ma trousse à outil s’est alourdie d’un coup. Ma propension toute relative à l’effort physique en général, et au portage en particulier, me prédisait de grosses difficultés. Mais c’était sans compter avec mes quelques acquis d’apprenti… le symbole est lourd de sens mais se transporte finalement assez bien. Et me voilà donc sherpa spéculatif.

 

Au compagnon on a confié 5 groupes d’outils dans un ordre sur lequel je m’interroge encore… La matrice est complexe : à chaque voyage et outils on me propose d’associer une fonction, une thématique emblématique et des références socio-philosophico-scientifiques. Je m’empresse de dessiner la matrice correspondante qui, au final, devrait constituer ma feuille de route de compagnon.

 

M’étant persuadé que l’ordre dans lequel je devais entreprendre ces travaux avait sans doute peu d’importance, j’ai choisi de débuter cette réflexion par le symbole majeur du troisième voyage (celui du milieu, le pivot), le levier. D’abord parce qu’il est l’un des symboles que je découvre pour la première fois. J’ai quelques idées sur le maillet et le ciseau, et pour ce qui est du compas et de l’équerre, nous nous croisons suffisamment souvent pour que cela me donne l’illusion d’une certaine connivence… Il n’en est rien bien sûr et je pressens que leurs enlacements cachent des émois qu’il me reste encore à surprendre.

 

Ensuite parce que le levier m’inspire immédiatement l’idée de la transgression, de la recherche irrévérencieuse, et d’une archéologie intérieure débridée… un métal léger dont je vais sans doute mettre du temps à me défaire, si tant est que cela soit véritablement souhaitable. Et puis la curiosité de ce qu’il y a dessous, ou derrière… c’est sans doute un puissant moteur d’accession à la connaissance.

Bizarrement, son aspect a priori le plus trivial, mécanique, la démultiplication des forces, me semble un peu en opposition avec notre idéal de l’effort…malgré tout, le génie derrière l’invention et l’idée que je devine d’un outil pluriel me rassurent un peu.

 

Pour finir mon introduction, je voulais préciser que c’est volontairement, dans le cadre de ce travail, que je le dissocie de la règle dont je ne reconnais pas l’utilité à l’usage du levier. Elle pourra toujours faire l’objet d’un autre travail. Pour l’heure je transgresse cette règle-là en l’ignorant.

 

Outil obsolète ou intemporel ?

La question m’étant posée, je vais assez rapidement simplifier cette proposition. Obsolète ? On entend alors dépassé, désuet… J’accepterai plus facilement les qualificatifs d’inutile ou de marginal que l’on retrouve parfois au détour de proses que je trouve aujourd’hui parfaitement déviationnistes.

 

Obsolète en quoi ? Dans sa version opérative… à la limite. Les instruments de levage modernes s’y substituent assez bien, surtout pour des charges lourdes. Mais le plus souvent d’ailleurs sans utiliser – directement - le principe ternaire de la démultiplication des forces. On tire, on soulève… on ne pousse pas et si on ne pousse pas on ne grandit pas.

 

L’outil est un vieux truc ? Soit, pour la mécanique. Pour les leviers sociaux, ceux de la découverte ou de la révélation de l’autre : la liberté de penser, d'agir, de choisir, l’humour, l’amour, le courage la musique…. Ce n’est déjà plus vrai.

 

Et le symbole ? Comment un symbole peut-il devenir désuet, obsolète ? Sauf évidemment à penser que les principes qui nous rapprochent sont eux-mêmes obsolètes ? Que nenni entends-je dans les pensées. Alors, s’il ne peut être dépassé, sa fonction symbolique – mais aussi sociale -est impérissable, et il révèle son intemporalité. Sic demonstratum

 

 

L’outil symbolique pour l’étude de la nature (et la découverte de soi et de l’autre)

De la nature ? Les papillons, les taupes et leurs monticules disgracieux, les forêts, le ciel ? Sans doute mais aussi celle de l’Homme et surtout de ma propre nature, puisque la question de fond est bien « Qui suis-je ? »

Qui suis-je ? Ou plutôt « Quel est mon potentiel à devenir ce que je dois ou veux être ? ». J’ai dégrossi ma pierre brute mais les aspérités sont encore nombreuses. Pour polir et achever ma pierre cubique, je dois bien évidemment la retourner sur toutes ses faces. J’aurai encore besoin de mon levier plus tard, pour ajuster ma pierre à l’édifice collectif. Cette manutention, cet assemblage, n’a de sens qu’avec une pierre cubique aussi parfaite que possible ou bellement imparfaite.

 

Mais ma pierre dégrossie est pesante, mes métaux sont encore bien là et ma matière bien inerte pour être mise simplement en mouvement.

 

Le levier-symbole que l’on me met entre les mains pour pratiquer ce retournement introspectif est, au même titre que le ciseau, un intermédiaire passif…. Il ne devient actif, dans cette acception, que par la mise en œuvre de la volonté, de la détermination et de la puissance que le compagnon doit exercer (une fonction qui n’est pas sans m’évoquer mon maillet). Mis en mouvement, il ne sera fécond que si l’on est prêt à comprendre ce qui sera révélé.

 

Le principe mécanique fondamental derrière l’utilisation du levier est ternaire, ce qui satisfait l’apprenti à l’intérieur du compagnon. Une interprétation possible de nos trois points : un point d’appui au sol (le rapport à l’autre et à la nature… à la nature de l’autre, le dévouement, la générosité), un point de contact avec la pierre (le discernement, le respect) et un point d’exercice de ma force (de ma volonté et ma persévérance). Ma force, produit symbolique de l’énergie volontaire que je mobilise pour avancer dans mon amélioration et de mon intelligence en devenir. C’est l’outil de l’espérance et donc du dépassement.

Je suis seul responsable de la volonté qui m’anime et qui vaincra l’inertie de ma pierre sans la briser. Comme dans chacune de nos épreuves et nos défis de F\M\, cette volonté, ce désir de faire et d’aboutir, est capitale. Comme avec le maillet, il me faudra toutefois exercer ma force avec discernement et mesure afin que la face ciblée de ma pierre se livre à mon travail. A cette condition la lumière se fera, d’abord rasante pour marquer d’ombre les défauts, puis pleinement pour révéler le caché et ouvrir une voie vers de nouvelles vérités. Sans ce discernement, je pourrais involontairement, blesser, générer l’oppression, pervertir mon être et finalement engendrer l’intolérance et la haine... sans doute ce qui différencie les fraternités d’amour et les fraternités de mort.

 

Ce travail, puissance de l’idée capable de se muer en action, est le levier « qui vainc le poids de l’ignorance et de sa servitude » (Chant initiatique de compagnonnage : parole de Edmond. A. Frank). J’ai même dans l’idée que ce levier, au point d’application de la force, peut se partager … sans toutefois lui conférer d’autre valeur que celle de ce qu’il soulève ou révèle.

 

Ce levier est donc à la fois force morale, courage (celui de se découvrir), volonté, détermination mais il est aussi raison, concentration et méditation car le polissage des surfaces visibles et invisibles de ma pierre m’oblige à un ciblage chirurgical : il ne faut pas perdre de vue que cette pierre est destinée à s’assujettir à celles de mes FF et que plus fine aura été la taille, plus puissant sera le lien qui m’unira à eux. En suite il faudra penser à aléser les faces qui viendront recevoir la force et la poussée des autres pierres de la voute.

 

Mais il est un autre aspect du levier, celui qui m’avait sauté aux yeux de prime abord. C’est la curiosité (qui n’est pas toujours un vilain défaut…) et par là le voyage et la transgression créative. Car il faut être créatif pour vaincre des métaux subtils et bâtir autre chose que ce qui existe déjà. Générer la différence pour s’enrichir mutuellement. Transgression créative, soit, mais corrigée, comme les pas du compagnon qui le remettent dans sa direction d’origine. Ce détour par l’extériorité me permet d’explorer mes multiples facettes (au travers du regard des autres, du prisme du social), d’en consolider les observations (réunir ce qui est épars) puis de revenir à l’essentiel.

Curiosité, transgression de l’apparent, recherche de l’esprit de la nature, révéler l’autre (pour lui et pour moi) besoin d’acquérir de nouveaux outils pour pratiquer mon art. Tout ceci m’amène avec beaucoup de naturel aux sciences, aux arts libéraux, les voies fondamentales de l’activité humaine, que l’on m’invite, au terme de mon troisième voyage, à découvrir et à approfondir et dont la maitrise est sans doute le préalable à l’utilisation utile du levier.

 

Les sciences 

L’association des sciences au levier ou au couple règle/levier n’est a priori pas fondamentale. D’autres rites conçoivent d’autres associations. Ceci dit, on s’entend toujours sur les 5 « packages » thématiques liés à tel ou tel voyage. On perçoit bien là les dérives et variantes induites du syncrétisme des traditions occidentales. Pour autant, l’idée d ‘une association au levier me parait assez légitime en raison de la mécanique symbolique sous-jacente à son utilisation, et de son rapport à la recherche et à la curiosité que je lui prêtais spontanément.

Petite surprise, là où l’orthodoxie rituelle me faisait espérer un pentivium, on m’offre un heptivium composé d’un trivium et d’un quadrivium correspondant à deux cycles d’études successifs et constituant le corpus de la découverte ou encore les sept piliers de la sagesse… Ce chiffre 7 est symbole de virginité, de perfection et de transcendance. Je ne peux m’empêcher de générer l’image des sept sphères concentriques de l’univers pythagoricien. Le trivium s’imposant comme les sphères de l’inframonde, les autres réfléchissant les sciences du quadrivium, sans que je puisse les associer avec certitude à la sphère des oiseaux, des planètes ou des étoiles. Je crains que cela ne me soit pas destiné. Pas encore… et il n’y a pas d’urgence : je me dis qu’il s’agit d’un clin d’œil (ou des sens) à une prochaine étape et que l’on me demande sans doute un peu plus de travail que d’émotion sur cet aspect. Et puis la sérénité revient avec l’idée du regroupement des cursus du trivium en un ensemble plus compact de sciences du langage. Je retombe sur mes cinq pieds.

Bien, sciences ou arts libéraux : la connaissance s’ouvre donc aux hommes libres, libérés de leur condition, libéré de l’action manuelle. Pour autant ces arts s’imposent en tant que contrainte. Je cite André Gide « l’art naît de luttes, vit de contraintes et meurt de liberté ». Je comprends que la première contrainte est d’accepter le trivium, le corpus des sciences du langage, du verbe, de la communication, dans l’enseignement scolastique, comme le socle de la suite de mon apprentissage.

 

Le trivium

Un peu de recherche étymologique m’amène à une définition qui m’interpelle : croisée de chemins spontanée, non planifiée, une place publique commune. On est loin des axes orientés et prévisibles de l’oppidum, ces traces là ne naissent que de l’activité de l’homme… ou de ses errances. De sa volonté, de sa liberté d’investiguer.

 

Le trivium se révèle alors comme une méthode systématique de pensée critique. Une méthode qui permet de sérier les informations sensorielles pour déterminer et discerner les faits et les certitudes. Une méthode qui me permet d’accepter l’inséparabilité des contradictoires (ceux-là même qui rendent l’harmonie méritante) et de symboliser les limites des possibilités du verbe. . Je me retrouve au cœur d’un ternaire complexe : laquelle de ces sciences est-elle la synthèse des deux autres ?

 

Le trivium doit me permettre de maitriser le langage et les mots. D’un point de vue symbolique, il m’exhorte à créer de l’intelligence, celle qui m’amènera à aller au-delà des dogmes et des apparences et finalement d’aborder l’universalité du monde et d’accepter la nature itérative de notre démarche… et son éternel recommencement. C’est essentiellement un corpus de ma construction intérieure. En bref, l’intelligence forgée est l’outil d’accès à la connaissance. Je comprends le fonctionnement du levier, restera à apprendre sa mise en mouvement.

 

J’appréhende donc la grammaire qui me permet de comprendre le pouvoir des lettres et les règles du langage, la rhétorique qui met en forme mon discours (mémoire, principes de conviction et d’ordonnancement des idées) et la dialectique – sans doute le produits des deux précédents – qui permet de raisonner dans les débats, d’analyser les idées et la pensée et d’assurer la démonstration.

Je retiendrai que ce corpus me prépare à l’exercice de l’architecture : le trivium, la maitrise donc de l’art de la parole (et donc de l’écoute puisqu’il s’agit aussi de comprendre le langage de l’autre), me permet de partager mes travaux, d’en améliorer les tracés par l’échange et de décrire mon souhait ou objectif de réalisation. Le quadrivium, lui, me donnera les connaissances requises pour la réalisation de l’œuvre.

 

Le quadrivium

L’intelligence remodelée résultant du premier cycle me permettra d’attaquer le quadrivium, les sciences « mathématiques », le sommet de ma pyramide cognitive. C’est le cursus de l’extériorité. Il y a rupture entre ce qui est intérieur et ce qui est extérieur et le quadrivium m’invite à approcher la structure abstraite du monde extérieur.

 

Le quadrivium semble « piloté » par la géométrie que l’on s’accorde à afficher comme le premier art de ce cycle. Elle permet au compagnon de lire les plans et de percevoir l’harmonie des rapports entre les choses du monde et leur organisation.

 

Les autres en découleraient : l’arithmétique (la maitrise des sciences et de l’arithmosophie des nombres), l’astronomie (la connaissance des sphères célestes et terrestres, qui contribue au repérage de l’œuvre dans l’espace) et la musique (dans son aspect essentiellement abstrait qui échappe à la pratique artistique - donc aux beaux-arts - qui réalise l’harmonie des sphères, contribue à la construction du silence fondateur et à la sagesse de l’écoute.

 

Tout ceci semble aussi légitimé par son existence dans le G de notre étoile flamboyante.

 

Conclusion

Pour conclure, je décide de ne pas conclure. Conclure quoi d’ailleurs ? Ce n’est qu’un début. Je sors à peine du bac à sable et perçois l’immensité de la tâche et l’absence de limite à la connaissance. Après la crainte du silence, celle de la parole retrouvée. Mais le droit au voyage, à la découverte et à l’échange vient encore illuminer un peu plus la route à la rencontre de l’autre et de l’autre moi-même. Et puis je sais, mes SS\ et FF\ que vous aller m’aider à manipuler ce levier, à parfaire mes tracés, à encourager mes recommencements et éviter les encorbellements disgracieux. Soulevons le monde, faisons le mur ensemble mes SS\ et FF\ … et rejoignons-nous aux agapes.

 

J’ai dit

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