planches au 3eme grade

HIRAM  EST    MORT - LE  RELEVEMENT :  NÉCROMANCIE OU ALCHIMIE SPIRITUELLE ? QUE S’EST-IL PASSE ?

3 Avril 2025 , Rédigé par Philippe A. Publié dans #Planches au 3ème grade

Prologue

Je  partage  ce  jour  mes  interrogations  quant  à  la  nature  réelle  du phénomène mis en scène lors du rituel d’élévation et qui aboutit à ce non-aboutissement qu’est la Maitrise. C’est à dire aux transformations de  l’esprit  et  à  l’éveil  de  la  conscience  qui  a  été  induit  en  moi  au moment du relèvement.  Je vous livre mes pensées du moment, mais ma quête n’est pas terminée.

J'ai  dû  me  convaincre  –  avec difficulté  -  que  le  fait  d’avoir  été  témoin  de  la  mort  d’Hiram  et vaguement  associé  à  son  relèvement  (mode  narratif  au  RF)  ne faisait au final pas de différence que si j’avais, comme au REAA (mode  participatif),  été  acteur  du  drame.  Ceci  dit,  c’est  là  une convention   de   confort,   qui   s’appuie   sur   ma   perception   de l’Universalité de la F\M\et qui me permet d’écarter une partie du débat. Je suis bien d’accord qu’elle mériterait un petit travail d’analyse pour un ritualiste.  La « mécanique » de l’élévation est basée sur la  capacité détectée d’un Com\ à se  projeter en lui- même par stimulation rituélique quel que soit le mode narratif ou participatif retenu. On pourrait imaginer que la stimulation soit de nature et de force différente selon le mode. Avec des difficultés de mise en scène qui magnifient de manière différente l’alchimie (au sens vernaculaire) de la reconstitution du psychodrame. Car en  effet  il  s’agit  de  faire  vivre  au  postulant  sa  propre  mort physique afin de le libérer du carcan de ses pesanteurs terrestres et   lui   permettre   de   poursuivre   son   voyage   en   élevant   sa conscience. Mais ceci n’est pas l’objet de ma planche. Toutefois, on  y  reviendra,  il  faut  garder  à  l’esprit  que  l’élévation  ne « fonctionne » que dans le cadre d’une mise en scène sans faille, conditionnante.

 

Introduction

Je vais passer rapidement sur le meurtre d’Hiram, l’allégorie étant a priori plus facile à décrypter. Le mythe nous révèle un homme de l’art reconnu  mais  héros  inattendu,  courageux,  incorruptible,  capable  du sacrifice  ultime  pour  protéger  ce  en  quoi  il  croit.  Face  aux  fléaux meurtriers que sont l’ignorance, le fanatisme et l’ambition démesurée Hiram  va  intérioriser  sa  peur,  refuser  l’injustice,  et,  au  final,  se résigner  à  changer  de  plan.  D’un  point  de  vue  alchimique  les  trois coups portés pourraient   correspondre à une purification du corps, de la parole et de l’esprit.   J’imagine des métamorphoses de l’âme dans cette course solaire.

Le  drame  d’Hiram  peut  se  référer  à  la  marche  apparente  du Soleil : les trois meurtriers seraient alors les trois derniers mois de  l’année  pendant  lesquels  le  Soleil  descend  dans  les  signes inférieurs  et  semble  fuir  à  jamais  notre  hémisphère.  Cependant, après le solstice d’hiver, on le voit se relever et bientôt il reparaît dans  tout  son  éclat.  De  manière  analogue,  nous  voyons  notre Respectable Maître Hiram sortir de son tombeau et revenir à une vie nouvelle.

Ce sont les premiers changements de niveau de conscience d’Hiram. J’ai assez rapidement admis que les trois mauvais CC\ étaient moi.

J’ai  aussi  admis  l’idée  que,  malgré  le  fait  d’avoir  été  innocenté  du crime par des maitres bienveillants - qui ont su fermer les yeux sur ce qui  aurait  pu  passer  pour  des  traces  suspectes  sur  mes  gants  et  mon tablier - j’étais certainement un peu coupable de ce meurtre sacrificiel. Le contraire pourrait signifier que je ne suis porteur d’aucun métal, ce que même le plus candide de mes FF\ ne pourrait imaginer.

Hiram est donc mort. Il a fait le choix de l’intégrité. Du point de vue du mythe, Il devait mourir pour renaitre, c’est l’archétype du sauveur. Il est mort pour avoir transmis et pour n’avoir pas transmis. Transmis, car pour être tué par des CC\ il faut les avoir élevés à cette fonction. Il  a  donc  instruit  ses  meurtriers.  Pas  transmis,  car  le  plan  de  son œuvre, ses secrets, le mot de Maitre, disparaissent avec lui.

 

Ma question

Stimulé pour m’identifier à Hiram durant le rituel,   il devient évident que ma mort morale, symbolique et initiatique est nécessaire. C’est la clé  pour  me  pour  sensibiliser  au  besoin  de  lutter  contre  les  vices, passions et préjugés, aux instincts délétères. L’idée est bien de mourir à soi-même.

Ayant  indirectement  participé  à  l’émancipation  de  l’ensemble  des MM\ (Par  ma  propre  culpabilité  puis  l’assimilation  au  sacrifié) j’initie  alors  le  cycle  de  la  recherche  de  mon  corps  qui  va  aboutir  à mon relèvement.

Ce  n’est  que  bien  plus  tard,  après  la  cérémonie,  en  pensant  à  ce moment  précis  du  relèvement,  qu’une  question  a  commencé  à  me tarauder.   Résurrection,  assomption,  réincarnation,  transmigration  de l’âme,   opération   ordonnancée   par   un   Vénérable   « passeur »   ou « conducteur   des   âmes   (psychopompe)   et   nécromancien ou   alors alchimiste ?  De  quoi  parle-t-on,  que  m’est-il  arrivé ?  Quelle  science était à l’œuvre ?

Y-a-t’il derrière cette manipulation du mort (thanatopraxie) l’idée de m’arracher mes secrets ? Cette parole perdue voulait-on la puiser en, moi ?   On se souviendra que la première version de la légende voyait dans  le  relèvement  du  cadavre  la  recherche  des  secrets  de  l’univers que le défunt avait emmenés dans la tombe. Et il y a des empreintes d’inspirations bibliques: Sem, Cham et Japhet, les trois fils de Noé, qui se rendent à la tombe de leur père pour tenter d’y  découvrir  quelque  chose  à  son  sujet,  qui  les  guiderait  jusqu’au puissant secret que détenait le prédicateur.

 

Approche des réponses possibles

Mais dans le cas du relèvement au troisième degré, le déroulement des faits  contrarie  cette  première  lecture.  D’emblée  je  suis  amené  à m’interroger   sur   l’utilité   et   la   fin   de   ce   relèvement.   Il  y   a eu transmission de quelque chose : que l’on m’a donné, pas que l’on m’a arraché. Je n’étais pas le simple thanatonaute de service. J’étais l’objet du fiat lux, le réceptacle d’une nouvelle étincelle initiatique.

Je  comprends  alors  que  le  Vénérable  Hiram  et  les  autres  Hiram  qui m’ont  relevé  n’étaient  pas  des  mages  noirs,  des  chamanes  ou  des nécromanciens. Pas de formules magiques destinées à réveiller la vie. Ils n’attendaient rien du pouvoir divinatoire du mort et ne se sont pas tournés  vers  mon  passé  à  moi  pour  comprendre  leur  avenir  à  eux. Simplement, des démiurges bienfaisants ramenant à la vie spirituelle l’homme déchu enfermé dans son enveloppe terrestre.

Alors, alchimistes ? Sans doute...

Les différents rites maçonniques, ont fait l’objet d’une double écriture ouvrant la voie à une double lecture : une voie d’élévation morale est offerte aux maîtres maçons dont les actions sont entièrement guidées par les vertus « théologales »  (Foi, Espérance, Charité) et cardinales (Prudence, Tempérance, Force d'âme, Justice) et une voie initiatique, symbolique inspirée par la quête alchimique conduisant l’adepte de l’état d’homme ordinaire à celui d’homme transcendant ou du moins ascendant. Ces deux voies ne s’excluent pas. Elles agissent conjointement car elles sont l’une et l’autre des chemins d’élévation spirituelle. Il appartient à chaque Mde trouver en chacune une part de sa propre nourriture spirituelle, en toute liberté de conscience.

Je rappelle que le but du processus alchimique, en alchimie spirituelle est de créer un équilibre parfait entre toutes les composantes de l’être, après qu’elles aient été purifiées et fortifiées: cet équilibre permettant d’atteindre le “centre de soi”.

L’alchimie   spirituelle   (symbolique,   adogmatique,   ésotérique, occulte) est une pratique spéculative qui consiste à accomplir un chemin   personnel   de connaissance   de   soi et   de purification intime,   afin   de   renaître   sous   la   forme   d’un   être   nouveau, conscient  et  éveillé.  L’alchimiste  est  celui  qui  considère  que  la matière  contient  en  elle,  de  manière  cachée  et  amalgamée, la vraie  lumière. La  matière  est  donc  à  la  fois  ce  qui  porte  la lumière, et ce qui lui fait ombre. Au final, l’hermétisme recoupe largement l’alchimie spirituelle et sa définition : l’hermétisme est la doctrine occulte des alchimistes spéculatifs.

Un  des  aspects  évocateurs  du  travail  alchimique,  en  alchimie spirituelle  et  symbolique,  comme maçonnique  est  bien  de  passer des Ténèbres à la Lumière.

L’alchimie maçonnique est fractale ou gigogne plutôt. Il y a une aide interprétative  par  l’alchimie  entre  l’initiation  et  la  Maitrise  mais également au sein même des diverses degrés proposée par le rite. Des alchimies dans les alchimies.

Les  trois  grades  pouvant  correspondre  aux  trois  étapes  majeures  de l’Œuvre  dont  les  étapes,  en  simplifiant  beaucoup  sont l’œuvre  au noir   ou putréfaction de   la   matière   (nigredo),   l’œuvre   au   blanc (albedo, purification de la matière, l’œuvre au rouge (rubedo, le Grand Œuvre, le retour à l’unité)

Ce processus alchimique a débuté dans le cabinet de réflexion par la mort du vieil homme (calcination, première étape de l’œuvre au noir) pour finir à  la Maitrise.

De la même manière, le rituel d’élévation à la Maitrise, reprends ces trois étapes.

Je subodore même, ou espère – mais je suis un idéaliste - qu’un cycle   alchimique   symbolique   se   répète   au-delà   du   troisième degré,  ce  qui  pourrait  justifier  ma  perception  que  la  Maitrise n’est pas un achèvement mais un début... et peut-être la véritable initiation.   Les   initiations   maçonniques   sont   une   suite   de dissolutions  et  de  coagulations  ou,  si  l’on  préfère,  une  suite  de déstructurations    et    de    reconstructions    qui    permettent    la transmutation  au  sens  alchimique  du  terme  et  invitent  le  franc- maçon à passer de l’Œuvre au noir à l’Œuvre au rouge.

 

L’interprétation alchimique

Je reviens au rituel d’élévation.

Alors, alchimistes, les Hiram autour de moi le sont forcément

L’état dans lequel on découvre le corps du Maître, en putréfaction et décomposition, est bien la première phase de l’œuvre. L’œuvre au noir (nigredo, la séparation), qui amène à la dissolution. Des flux d’énergie, émis par mes FF\ m’envahissent et provoquent ma dissolution. Je comprends que la partie inaltérable de moi Hiram, mes os, ma matière, va se dissocier de mon esprit. Cette putréfaction (de la materia prima, la pierre brute) est une première forme de purification. Des sens, au profit de l’esprit. Une branche du compas tressaille déjà sous l’équerre.

La seconde phase du processus alchimique est l’œuvre au blanc (albedo : solution et distillation, c’est l’extraction). C’est le premier point parfait de la Maitrise qui initie la séquence. Maintenant, c’est moi qui libère des flux d’énergie vers ce qui m’etoure, je rayonne, et je réalise mon alignement avec le monde. C’est de début d’une phase de recomposition. Un pont entre les Ténèbres et la Lumière (passage de la pierre brute à la pierre polie).

Sur le plan intérieur l’œuvre au blanc consiste d’abord à accueillir la Lumière dans la matière, à la laisser descendre en nous, en n’y faisant plus obstacle. C’est une montée vers un état d’extase consciente, une illumination.  C’est  tout  le  sens  du  travail  de  rectification  de  l’être, notre VITRIOL. Ensuite, lorsque ce processus s’accomplit, la matière devient transparente et laisse passer la Lumière que nous allons alors diffuser et au mieux la rendre accessible aux autres. Mon ego et mes déterminismes ont été dépassés. Désormais le Corps est spiritualisé en même temps que l’Esprit est coagulé (a pris consistance).

La  symbolique  du  mouvement  qui  s’opère  à  partir  de  là,  ouvre  la troisième  dimension.  Passer  du  plan  au  volume,  de  l’équerre  au compas,  prendre  de  la  hauteur,  offre  des   perspectives  radicalement nouvelles.  C’est  une  autre  forme  de  silence  qui  se  tait.  Dans  ce mouvement, je décris un arc de cercle, ce cercle qui empêchera que je me perde.

Mais je n’en suis pas là. A ce moment, il n’y a rien où se perdre. Je suis seul avec moi-même, sinon en moi-même, et je suis simplement sinon en moi-même, et je suis simplement invité à réveiller mon M:. intérieur.

Alors non, Hiram ne ressuscite pas. Je fais le choix de m’identifier à lui.  Je  contribue  alors  à  la  transmission,  c’est  mon  devoir.  Comme Hiram a fait le sien de payer de sa vie.

Et puis arrive l’application du cinquième point parfait de la Maitrise et la révélation du mot. C’est le moment de l’éveil effectif.  Cet éveil est sans aucun doute l’élément le plus fort de l’élévation. C’est le point d’orgue de la transmission de la Tradition.

Le  Vénérable  Maître  réalise  là  l’œuvre  au  rouge  (rubedo),  dernière phase    de  l’Œuvre.  C’est  le  stade  de  la  réalisation  de  la  « Pierre Philosophale » (le Grand Œuvre) qui me donnera le moyen d’effectuer ma purification par l’exaltation, ma transmutation intérieure définitive et mon couronnement en moi « roi ». En maçonnerie, on traduit cela par influence spirituelle.

Le  Vénérable  Maître  qui  me  relève  me  permet  d’ouvrir  mon  esprit, d’intérioriser le monde et mon propre monde, de ramener mon “moi” à la conscience entière de son état primordial. La conscience devient alors   le   parfait   équivalent   du   Corps   qui   exprime   désormais   la réinstallation finale de l’Esprit dans la matière (sa domination). Je suis définitivement relevé,  uni à moi-même.

C’est la phase finale du solve et coagula. L’ordre intérieur est rétabli. ORDO AB CHAOS.

 

Un mot sur le mot

C’est bien par la transmission du mot substitué que le Com\ devient le fils et successeur d’Hiram. Si résurrection il y a, on voit qu’elle est purement alchimique. Si la gestuelle permet de relever le corps, c’est seul le mot glissé à l’oreille qui porte la vie et me libère. Parce que j’y ai été préparé (y compris par les autres  points)  -  et  que  je  suis  volontaire.  Si  ce  n’était  pas  le cas,  nous  parlerions  de  superstition.  Je  vais  pouvoir  élargir progressivement  le  champ  de  ma  conscience  et  acquérir  une maîtrise  plus  étendue  sur  les  forces  de  l’inconscient.  Mon maître intérieur, n’est pas le gardien du code moral dicté par le groupe ni un dieu qui culpabilise et punit. C’est simplement ce qui se trouve entre moi et moi.

Un mot qui n’en est pas un mais qui en remplace un autre, pas par    analogie,    ni    même   pour    évoquer    un    rapport    de ressemblance  avec  le  précédent.  Le  mot  substitué  ne  signifie pas en lui-même, il autorise seulement la reconnaissance. En fait, ce n’est que l’expression de la parole qui est perdue. C’est le   trou   dans   la   carte   qui   révèle   l’existence   d’un   secret. L’image  de  ce  secret  nous  la  laissons  à  l’imagination  de chacun,    selon    sa    culture,    son    passé,    ses    choix,    ses engagements et surtout ses rêves.

Nous  sommes  ainsi  exhortés  à  ne  pas  nous  contenter  de l’apparence des choses mais à en chercher l’essence. L’esprit derrière  la  lettre,  le  sens  derrière  le  mot.  Et  puis,  que  nous importe  cette  perte  puisque  nous  savons  que  les  secrets  ne peuvent être que dérisoires ou incommunicables ?

Un  autre  symbole  qui  révèle  l’infinité  de  la  tâche  qui  nous incombe.

 

Ce que je comprends de ce qui s’est passé

Hiram ne se réincarne pas en moi, pas plus que je ne me réincarne en Hiram. Hiram renaît dans le nouveau M:. exalté. En moi, il poursuite son œuvre de construction du Temple.

Le seul élément réel de transmission c’est l’exemple vécu, intériorisé. C’est l’influence spirituelle qui éveille les germes d’esprit qui dorment en   moi.   Car   l’esprit   ne   se   transmet   pas.   La   réalité,   c’est   la renaissance - ou la révélation - des qualités d’Hiram à travers moi. Ce qui était dans le tombeau ce n’était que ma part de vice et de passions.

On m’invite plus à sublimer mes pensées de manière positive que de m’astreindre à  éliminer toutes mes      scories.    Il  s’agit d’une réconciliation  intime.  Le  Temple  extérieur  a  disparu  aux  yeux d’Hiram.  Il  est  maintenant  en  moi,  en  mon  cœur  -  la  Chambre  du Milieu   de   mon   être.   Ma   culpabilité   a   disparu   aussi.   Je   prends conscience  que  je  ne  suis  rien,  et  en  même  temps  que  je  suis  tout. J’étais possédé par le beau et je l’ignorais.

Lorsque j’ai reçu l’influence, elle s’est focalisée dans ma conscience, le  centre  à  partir  duquel  elle  rayonne  et  devient  perceptible  de l’extérieur.  Je  suis  le  centre  du  cercle.  Mais  je  dois  aussi  laisser  la lumière jaillir en moi et laisser l’autre la puiser. C’est seulement à ce moment-là  que  tout  l’être  s’illumine.  C’est  ainsi  que  nos  FF\ nous reconnaissent, y compris dans notre altérité. Le compas m’a permis de dissocier mon esprit des contraintes matérielles. Cette métamorphose est résolument de nature alchimique.

App\ puis Com\  j’ai travaillé sur la connaissance du soi et le   passage   progressif   du   moi   au   soi.   Je   dois   désormais explorer ce centre mystérieux qui va me permettre de mettre en relation   avec   la   totalité   du   monde.   Je   rechercherai   sans craindre les éléments obscurs de l’inconscient et travaillerai à les intégrer par la construction de ma connaissance.

En  passant,  ce  nouveau  M\ est-il  aussi  ou  plus  radieux que jamais ?  Pour  ne  pas  nous  entrainer  dans  une  affligeante  et stérile  discussion  sur  ce  sujet,  j’ai  bien  envie  de  vous  offrir mon  interprétation:  la  phase  Hiram  en  moi  est  sans  doute aussi  radieuse  que  du  vivant  du  Maitre  (ce  que  suggère  le rituel,  le  phénix  renait  identique à  lui-même) mais  ce  qui  est certain, c’est que le nouveau moi en moi est plus radieux qu’il n’avait   été   (plus   heureux,   plus   fort   qu’avant,   pleinement vivant,  ayant  appris  à  vivre  en  conscience,  et  ayant  mieux compris ce qui constituait l’essentiel de son être... et debout). J’ai   dépassé   la   mort.   Non,   en   fait,   on   m’y   a   préparé. Heureux ? On le serait à moins.

 

Conclusion

Nous portons tous à l’intérieur de nous un noyau divin en la personne de notre M\ intérieur.   Alors je regarde le dieu en moi, il est à mon image.  Il  unifie  les  contraires  et  réalise  une  synthèse  des  opposés.

Régénéré  après  une  triple  mort  morale,  symbolique  et  initiatique  alchimique  donc  -    je  suis  censé  être  capable  de  réaliser  en  moi l’harmonie, l’équilibre. Il faudra trouver un équilibre nouveau, réunir de qui est épars, rassembler autour de la pensée et de l’esprit collectif et  des  imaginaires  de  chacun.  Car  ne  dit-on  pas  que  le  réel  est  la somme de tous nos imaginaires ?   Le Tout est esprit et il nous habite, l’Univers est mental... et nous l’habitons. Nous ne le façonnerons que parce que les autres pourront s’imprégner de notre esprit, et pas parce que nous l’aurions simplement voulu ou rêvé. Ce qui m’est offert par le  mot  c’est  une  énergie  en  mouvement  intérieur,  une  orbite  qui  se conjuguera à celle de l’autre. Et l’on comprend alors que ce « rien » qu’est la pierre brute, en fait, contient le Tout.

Cette alchimie initiatique ne consiste donc pas en une transformation matérielle,  mais  en  une  transmutation  de  l'esprit  et  de  la  conscience qui me permettra de vivre selon nos codes, selon la Loi de l’Harmonie Universelle,   avec   pour   corollaire   le   devoir   de   participer   à   la construction  du  temple,  à  la  transmission  et  ainsi  à  la  régénération permanente. Mais il y a quand quelque chose d’un peu magique dans tout ça, non ? Et cette magie a un nom : l’Amour.

 

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LE POINT, LE CENTRE ET LE CERCLE

1 Avril 2025 , Rédigé par Philippe AME Publié dans #Planches au 3ème grade

 

Des voyages entre les mondes

 

Préambule

Je vous propose ce midi un petit travail sur mon premier, et sans doute dernier (car il est sans fin), travail de M\ : le cercle, son tracé et sa signification. Le cercle des voyages, de la connaissance et de la reconnaissance.

Le compas est l’outil qui rend possible le travail sur le Cercle qui figure mon esprit et le foyer de ma connaissance. …. et celui de pouvoir m’y tenir au Centre.  Tracer ce cercle, c’est mon devoir de M\, c’est un engagement au travail et au progrès.

Le cercle. Le mot nait plus souvent dans la bouche des MM\ qu’il n’apparait dans nos rituels. Je sais bien que si vous me perdez, vous me trouverez entre l’équerre et le compas (mon dernier pas). Je sais aussi qu’au centre du cercle le M\ ne peut pas se perdre etc… etc…..  Toutefois, je ne crois pas avoir reçu de mode d’emploi….

 

Le tracé

A l’origine, bien sûr il y a le compas vers lequel on m’a dirigé depuis l’équerre. C'est-à-dire vers l’esprit qui doit me permettre de dominer la matière, ou de moins me permettre de l’influencer. Tracer un cercle c’est donc un appel à l’action, à sa propre action.

Le cercle est la plus parfaite des figures géométriques et représente, a priori,  l’image de l’infini. L’infini car il peut s’étendre à souhait mais aussi car sa circonférence n’a ni début ni fin. Comme son centre d’ailleurs. Sous forme de point, le centre devient le cercle parfait. Son immatérialité le sublime encore d’avantage. Il est tout l’espace (enfin, le tout… ) contracté.  Le Tsimtsoum de la Kabbale.  Il est Un.  Seule sa manifestation peut être plurielle J’y reviendrai, c’est un peu plus compliqué que ça. Enfin disons que ce n’est qu’une partie de la réponse.

Je reviens un moment au tracé et au compas. L’usage de cet outil ne peut se contenter de sa simple possession.  Il faut également mobiliser sa volonté : c’est elle qui place la pointe sèche pour déterminer le centre. Mais aussi être capable d’un dessein,  d’une intention, couplée à une certaine connaissance de soi-même : il s’agit de bien choisir l’écartement des bras du compas. Bien choisir c’est embrasser un espace qui correspond à notre capacité à appréhender le manifesté.  Il faut lutter contre l’ignorance de nos limites et agir en conscience. On pourrait s’y perdre à ne pas y prendre garde

L’usage raisonné de mon compas témoignera des progrès que j’aurai accomplis. En connaissance et en sagesse.  Il révèlera ma part sacrée …. Ma part d’infini et d’éternité. Ma contribution à l’ordre et à l’harmonie universelle.

En progressant, les bras du compas pourront s’écarter, le rayon va croitre, de nouveaux cercles concentriques se créeront. Mon univers est en expansion et je n’atteindrai la circonférence que pour la voir disparaitre au profit d’une autre, plus lointaine. Concentriques ou pas d’ailleurs, selon que ma perception du Principe évoluera ou pas. Et puis, même le compas peut avoir des ratés quand la main tremble.

 

Le centre et la circonférence, qui est la poule ?

Le centre, point immatériel, incréé, manifestation de mon être, ou bien le cercle qui contient la manifestation de ma pensée et de l’effet de mes actes  et qui transforme le point en centre ?

A ce stade, j’ai envie de conclure que seul le centre a véritablement une importance. Tout s’organise autour de lui. C’est le centre du cosmos. Microcosme et macrocosme. Un cercle, une circonférence, n’existent pas sans un centre. Celui ci détermine la circonférence qui elle même détermine l’intérieur limité (qui réunit ce qui est épars) et l’extérieur, illimité, qui reste à découvrir. C’est un départ et un aboutissement à la fois. Les rayons que l’on peut parcourir dans les deux sens. Ces rayons dont les extrémités distales forment, dans leur infinité, la circonférence donc la limite que nous imposons à l’expression du Principe moteur et de l’influence que l’on peut avoir sur les choses.

Je me repens immédiatement à la pensée que si le cercle sans son point central – qui contient virtuellement toutes les circonférences  - n’a aucune signification, le point sans le cercle n’en a sans doute pas plus, et sans doute pas d’utilité.

 

Mais alors quelle est relation spatiale des deux ?

Comme je suis tombé dans la marmite de René GUENON alors que je n’avais pas 5 ans, je commence par là et je lis :  « (…)  nous pouvons dire que, non seulement dans l’espace, mais dans tout ce qui est manifesté, c’est l’extérieur ou la circonférence qui est partout, tandis que le centre n’est nulle part, puisqu’il est non manifesté ; mais le manifesté ne serait absolument rien sans ce point essentiel, qui n’est lui-même rien de manifesté, et qui, précisément en raison de sa non-manifestation, contient en principe toutes les manifestations possibles, étant véritablement le « moteur immobile » de toutes choses, l’origine immuable de toute différenciation et de toute modification»

C’est du Guénon et ça secoue un peu. Pour me refaire une santé je tente de feuilleter quelque autres pages chez d’autres auteurs et je tombe sur une citation de Pascal « le centre est partout et la circonférence nulle part »… en parlant de l’infini.

Troublant, non ?

Je retrouve la même citation dans un autre ouvrage,  qui me dit que Pascal ayant lui-même plagié le Trismégiste, aurait en fait déclaré «  Dieu est une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part ».

Ah... Pas tout à fait pareil... Dieu, l’infini ou le cercle ? Le cercle ou la sphère ? Je reviendrai sur la sphère plus tard.

Je suis de toute évidence face à une autre expression de la dimension quantique de nos symboles.

Alors qui est partout et qui est nulle part ? Important à savoir si je souhaite sillonner cet espace, que j’ai moi-même matérialisé. A ce stade de mes connaissances, je ne peux que me persuader que Guénon et Hermès ont tous les deux raison. Un principe créateur, peut très bien être partout et nulle part, comme le produit de la création (la pensée du créateur). Tout dépendra sans doute du point de vue choisi. En tout cas, je laisse la réponse à cette question à mes frères plus instruits. Ce qui ne m’éclaire guère sur le lieu de mes voyages, mais ne m’interdit pas de raisonner mes voyages dans le système centre/cercle. Car si vous voulez me retrouver, il faudra bien savoir où il est ce centre….

 

Dans quel sens voyage-t-on dans cet espace ?

Pour aborder cette question, il faut préalablement comprendre le centre, ou du moins le point qui deviendra le centre quand la (première) circonférence aura été tracée.

Selon Euclide le point n’entre en relation ni avec le temps, ni avec la matière. Sorti du temps et de l’espace, il échappe à l’usure, tout en symbolisant l’unité fondatrice du tout.

On peut aller plus loin dans l’interprétation du point en faisant appel à l’arithmétique, à la voie hermétique et l’éclairage de  la Kabbale. Toutes ces pistes nous renvoient à une double lecture.

Le point, immatériel, qui représente l’unité arithmétique, est le plus petit des nombres si on les considère tous dans leur infinité. Mais aussi le plus grand, car l’unité qui peut se répliquer indéfiniment les contient virtuellement tous. C’est un peu ce que dit Euclide.

De même, dans la Table d’Émeraude on peut lire: « (…) Et comme toutes les choses ont été, et sont venues d’une, par la médiation d’une: ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation (…) ».

La Kabbale m’emporte un peu plus loin dans double signification qui est aussi celle du « iod » (10eme lettre de l’alphabet hébraïque qui rappelle les 10 sefirots). Dans le monde supérieur (le haut de l’arbre séfirotique), « iod » est le centre au sens de principe, celui qui contient toute chose, le Un. Il relève du principe de transcendance, pour un croyant c’est un peu la volonté divine. Puisqu’il dépasse la finitude du monde réel, il peut être universellement partagé

Dans le mode inférieur, par contre, il est le germe qui est contenu dans toute chose. Là, nous faisons appel au principe d’immanence, au réel et au tangible.

Je me risque ici à une petite interprétation personnelle. La partie transcendante du point qui va devenir un centre est immuable, est fixe à l’endroit que je lui ai réservé dans l’espace. C’est le germe planté dans la terre. La version immanente du point est celle qui va se dilater vers une périphérie, générer un horizon à notre pensée et à notre volonté, et au final, donner son caractère de centre au point originel.

J’ai donc un centre, ou toute dispersion est entravée et qui est moi (Dieu en moi) et des voies de progression qui en émanent… dans la limite que je me suis imposée. Ceci dit, Le centre n’est moi que si je sais y revenir. A priori, je navigue donc de l’idée, de l’intention, de manière centrifuge, sur un rayon, par l’action, vers la fameuse limite de mes capacités et de mes connaissances (perçues dans le centre). A maturité du processus, soit la circonférence s’éloigne et je continue à progresser sur ce rayon, soit la vue s’obscurcit, et je dois reconsidérer, peut être pas mon dessein, mais la voie choisie et l’incomplétude de mes connaissances. Alors je me redirige vers le centre, sur le même rayon, ou sur un autre, pour revenir ensuite vers l’extérieur en suivant un autre rayon. Donc, si je considère le centre comme le dessein ou le désir, et la circonférence comme un aboutissement (résultat de l’action), les rayons représentent les stratégies possibles, je voyage donc dans les deux sens… de partout à nulle part …

A y penser, si ce centre, ce point fixe du dispositif, où qu’il soit, est situé sur l’axis mundi, alors la transformation du cercle en sphère par sa rotation, évoque un monde où il y a un haut et un bas que je connais depuis mon plus jeune âge. Car chaque voyage dans l’univers cercle/centre est un voyage sur notre fil à plomb.

 

Conclusion

Une fois de plus, une magie quantique m’interpelle. Mon centre est partout ou nulle ne part, mais il est moi. L’espace entre le centre et la circonférence du cercle n’appartient qu’à moi. Je suis l’univers et son centre. Et pourtant…

Et pourtant, nous sommes tous les centres de l’Univers. C’est ainsi et là que nous nous retrouvons. C’est là que nous affirmons, notre moi s’affirme. Mais c’est parce que nos projections particulières sont dans la périphérie, la circonférence, que nous formons un groupe. La diversité de ce groupe, qui enrichit nos échanges, est bien dans le nombre infinis des points du cercle. C’est de là que nous observons le monde… mais le petit bout de la lorgnette est bien au centre.

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LES CINQ POINTS PARFAITS DE LA MAITRISE

1 Avril 2025 , Rédigé par Philippe AME Publié dans #Planches au 3ème grade

 

 

Pour traiter ce sujet, je me suis proposé de travailler en trois temps : conceptualiser le relèvement, comprendre le message des points et pour finir, en analyser les effets.

 

Introduction : le contexte

Hiram est donc mort. Par choix. Il a fait le choix de l’intégrité. Du point de vue du mythe, Il devait mourir pour renaitre, c’est l’archétype du sauveur. Il est mort pour avoir transmis et n’avoir pas transmis. Transmis par le fait que pour être tué par des CC\ il faut les avoir élevés à cette fonction. Il a donc instruit ses meurtriers. Pas transmis, car le plan de son œuvre, ses secrets, le mot de Maitre, disparaissent avec lui.

Stimulé pour m’identifier à Hiram durant le rituel, il devient évident que ma mort morale, symbolique et initiatique est nécessaire pour absorber les qualités du M\. C’est la clé pour me pour sensibiliser au besoin de lutter contre les vices, passions et les instincts délétères. L’idée est bien de mourir à moi-même.

Ayant indirectement participé à l’émancipation de l’ensemble des MM\ par l’évocation de ma propre culpabilité puis mon assimilation au sacrifié, j’initie alors le cycle de la recherche de mon corps qui va aboutir à mon relèvement.

Ce n’est que bien plus tard, après la cérémonie, en pensant à ce moment précis du relèvement, qu’une question m’a taraudé. De quoi parle-t-on, que m’est-il arrivé ? Quelle science est à l’œuvre ? Résurrection, renaissance, réincarnation, transmigration de l’âme, opération ordonnancée par un Très Vénérable M\ psychopompe et nécromancien ou alors Esculape alchimiste ?

Y-a-t’il derrière cette thanatopraxie l’idée de m’arracher mes secrets ? Cette parole perdue voulait-on la puiser en, moi ? La question est légitime.

Mais dans le cas de ce relèvement, le déroulement des faits contrarie cette première lecture. Il y a eu effectivement, à ce moment précis, transmission de quelque chose : que l’on m’a donné, pas que l’on m’a arraché. Je n’étais pas le simple thanatonaute de service. J’étais l’objet du fiat lux, le réceptacle d’une nouvelle étincelle initiatique.

Je comprends alors que le Très Vénérable M\ et les MM\ Surveillants qui m’ont relevé n’étaient pas des mages noirs, des chamanes ou des nécromanciens. Pas de formules magiques révélatrices destinées à réveiller la vie dans un corps inerte. Ils n’attendaient rien du pouvoir divinatoire du mort et ne se sont pas tournés vers mon passé à moi pour comprendre leur avenir à eux. Simplement, des démiurges bienveillants ramenant à la vie spirituelle l’homme déchu enfermé dans son enveloppe terrestre. Penser que ceux-là mêmes on précipité mon trépas… quel message !

L'ignorance, l'ambition et le fanatisme ont fini par avoir ma peau. Mon corps sans vie est donc étendu, enseveli et passablement dégradé. Fin d’un parcours. Après ma seconde naissance initiatique, je vis ma première mort allégorique.

Pour la suite de mon propos, j’ai besoin de justifier un peu l’angle choisi.

Il n’aura échappé à personne que la symbolique alchimique, mais aussi, dans un sens, sa démarche, est partout dans notre parcours, dans nos rituels et dans la configuration de notre temple. Et pourtant, dans les rituels des trois premiers grades, le mot est totalement éludé. Aucune allusion, ni référence dans la mécanique de transmission. Toutefois ce corpus symbolique m’a séduit. D’autant que je retrouve la séquence du Grand Œuvre dans les trois grades de la maçonnerie bleue, comme d’ailleurs au sein même des rituels de changement de grade. La scène du relèvement n’y échappe pas. Je devine même (c’est dire si le teaser a fonctionné) que ce grade de M\ n’est peut être que le nigredo d’une démarche plus avancée et plus le début de quelque chose qu’une fin. Alors, puisque je m’accorde une licence me permettant de limiter une certaine vision alchimique (simplifiée) à la seule scène du relèvement, je vois là l’œuvre au noir (nigredo) qui amène à ma dissolution. A ce stade, les énergies viennent de l’extérieur et se dirigent vers l’intérieur, pour m’amener en «solution». C’est la phase de putréfaction et de décomposition, état dans lequel on découvre le corps du Maître, moi … et pas encore moi. Le phénomène serait-il de nature quantique ?

 

Corpus sémantique des cinq points et leur polysémie

Mais le cadavre ne se relève pas de lui-même. Il ne répond pas à l’appel fait à sa vitalité résiduelle par le Boaz du Sec\Sur\ (en force), et c’est vainement que le Pre\Sur\ tente de le stimuler d’avantage avec Jakin (générer la fondation). Mon ancienne vie ne me fera pas revivre. Je suis désintégré, ma peau quitte ma chair, ma chair quitte mes os. C’est la partie vile de moi-même qui m’abandonne.

Mon relèvement sera la résultante de deux forces concomitantes : d’abord le travail en solidarité des FF\ car leurs efforts isolés sont impuissants et il faut la mise en commun de leur force psychique pour initier le relèvement puis l’application des cinq points parfaits de la Maîtrise par un Très Vénérable M\, seule manière de réintégrer mon être dans son unité.

Penser que ce sont ceux-là mêmes, instruits par le M\, qui on précipité mon trépas … quel message !

Voyons donc ces cinq points parfaits avec leur polysémie (comme d’ailleurs la totalité des symboles que nous utilisons) et, au final,  une herméneutique complexe.

Le premier point est le contact des mains droites. C’est un symbole important car ce sont ces mêmes mains qui ont tué l’architecte, lui assénant le coup fatal, et qui maintenant vont redonner vie. On peut faire la même remarque avec les éléments de nos voyages d’apprentis, qui peuvent aussi bien créer que détruire. C’est cette dualité du bien et du mal que je redécouvrirai en révélant ma pierre cachée, un moi dirigé vers le bien. Plus prosaïquement, cette main tendue est également celle du secours à apporter à nos FF\ en toute circonstance. Mais on peut également y voir une exhortation à l’amitié et à l’amour ou encore à la mise en commun de l’effort. En y pensant, la griffe du M\, m’évoque aussi des racines plongées en moi.

C’est ce point qui initie l’œuvre au blanc, seconde phase du processus alchimique (toujours selon ma licence très permissive). A ce stade, des énergies sont générées à l’intérieur (au centre de l’être) et se dirigent progressivement vers l’extérieur pour rayonner et me mettre en alignement avec le monde. C’est de début d’une phase de recomposition. Sur le plan intérieur l’œuvre au blanc consiste donc d’abord à accueillir la Lumière dans la matière, à la laisser descendre en nous, en n’y faisant plus obstacle puis à la libérer. C’est tout le sens du travail de rectification de l’être, notre VITRIOL. Rectification à prendre au sens d’acquérir une droiture, une rectitude. Lorsque ce processus s’accomplit, la matière devient transparente et laisse passer la Lumière que nous allons diffuser et la rendre accessible aux autres.

Le second point est pied contre pied. A priori, le geste évoque notre lien à la terre et la stabilité mais aussi la possibilité de se diriger, de continuer son chemin, y compris vers l’autre pour marcher à son secours. Une autre vision est celle du rappel à ne pas hésiter à dévier de son chemin pour assister un F\ et à l’empressement à le faire. C’est aussi, finalement, le rappel que nos chemins ont un but unique et commun.

Le troisième point nous amène genoux contre genoux. Le genou permet de maintenir son équilibre et de se mettre au niveau de l’autre. C’est aussi une exhortation à rester humble : c’est l’ « humilitas » d’Aristote, comme celle qui nous est imposée au franchissement de la porte basse. Il nous rappelle aussi au culte du travail.

Le quatrième point est poitrine contre poitrine. Les FM\ pratiquant l’anatomie symbolique, on peut lire estomac contre estomac ou cœur contre cœur (je préfère cette interprétation), ou encore sein ou joue selon les exégètes du rite. Là aussi la lecture est plurielle. La proximité des cœurs, symbole des passions et de la sincérité, de la sensibilité et de la perception de la beauté. Du courage aussi. C’est là que l’énergie vitale du Très Vénérable M\ commence véritablement à se transférer dans mon corps. Certainement le point le plus évident dans le mécanisme de revitalisation de la dépouille et de la fusion des esprits. Mais il nous rappelle également que nous saurons garder les secrets de nos FF\ et leur assurer notre fidélité. Dans le même mouvement, les épaules sont également en contact ce qui m’évoque l’idée d’épauler et la protection due à nos FF\.

Le cinquième point qui amène la main derrière l’épaule dans une étreinte rapprochée, est double. Double, car si le geste conclut le relèvement de ce qui n’est encore qu’une enveloppe où seules les fonctions végétatives sont actives, c’est au final la transmission du mot qui éveille la conscience. Le geste m’inspire, encore une fois, le soutien et la soustraction au danger que je dois à mes FF\. C’est un symbole de dévouement.

Cet éveil est sans aucun doute l’élément le plus fort de l’élévation. C’est, à mon sens, le point d’orgue de la transmission de la Tradition.

Ma géométrie également s’est modifiée puisque je suis passé de l’horizontale à la verticale. Du plan terrestre à l’état de lien entre la terre et le ciel… mais c’est un autre sujet (enfin, pas vraiment…). J’ai regagné une humanité

Toujours à l’abri de ma licence, je vois que le Très Vénérable réalise là l’œuvre au rouge du Grand Œuvre. C’est le stade de la réalisation de la Pierre Philosophale qui me donnera le moyen d’effectuer ma transmutation intérieure définitive (ou presque...). Je suis la Pierre. En maçonnerie, on traduit cela par influence spirituelle.

Le Très Vénérable M\ qui me relève ne s’intéresse plus à ce qui sépare, se sépare, à mon désordre intérieur apparent, mais à ce qui rassemble. Par le mot, il me permet d’ouvrir mon esprit, d’intérioriser le monde et mon propre monde, en me projetant vers demain (et hier, et maintenant). C’est la phase finale du solve et coagula. Le M\ reparait. L’ordre intérieur est rétabli. ORDO AB CHAOS.

 

Ce que je comprends de ce qui s’est passé

Hiram ne se réincarne pas en moi, pas plus que je ne me réincarne en Hiram. Le seul élément de transmission c’est l’exemple vécu, intériorisé. C’est l’influence spirituelle qui éveille les germes d’esprit qui dorment en moi. Car l’esprit ne se transmet pas. La réalité, c’est la renaissance – ou la révélation - des qualités d’Hiram à travers moi. Ce qui était dans le tombeau ce n’étais pas moi, juste ma part de vice et de passions. On m’invite plus à sublimer mes pensées de manière positive que de m’astreindre à éliminer toutes mes scories. J’étais possédé par le beau et je l’ignorais.

Cette influence transmise, c’est une sorte d‘instruction du nouveau M\. Au-delà de la renaissance vitale, il faut s’assurer que le logiciel est bien chargé. Alors que le Très Vénérable applique les cinq points, en fait il imbibe mon esprit avec quelques principes inaliénables : tu pratiqueras la solidarité, tu honoreras le travail, tu te rendras accessible à l’autre, tu seras toujours sincère et dévoué et tu transmettras la Tradition.

Lorsque j’ai reçu l’influence, elle s’est focalisée dans ma conscience, le centre à partir duquel elle rayonne et devient perceptible de l’extérieur. Je suis le centre du cercle. Le compas m’a permis de dissocier mon esprit des contraintes matérielles, mon corps compris. Cette métamorphose est résolument de nature alchimique. Je comprends que je dois laisser la lumière jaillir en moi et laisser l’autre la puiser. C’est seulement à ce moment-là que tout l’être s’illumine. C’est ainsi que nos FF\nous reconnaissent.

 

Conclusion

Si on peut qualifier ces cinq points de parfaits, c’est parce qu’ils unissent les deux natures humaine et divine du récipiendaire qui est arraché à l’attraction de la terre puis enraciné dans le monde divin par le corps du Maître verticalisé.

Oui. Car nous portons tous à l’intérieur de nous un noyau divin en la personne de notre M\ intérieur. Alors je regarde le dieu en moi, il est à mon image. Il unifie les contraires et réalise une synthèse des opposés. Régénéré après une triple mort morale, symbolique et initiatique – alchimique donc - je suis alors censé être capable de réaliser en moi l’harmonie, l’équilibre et la cohabitation des contraires. Je suis alors au Centre de l’Union. Un centre qui se superpose au mien propre. À celui de mes FF\. Il faudra trouver un équilibre nouveau, réunir ce qui est épars, rassembler autour de la pensée et de l’esprit collectif et des imaginaires de chacun. Car ne dit-on pas que le réel est la somme de tous nos imaginaires ? Nous ne le façonnerons que parce que les autres pourront s’imprégner de notre esprit, et non pas parce que nous l’aurions simplement voulu ou rêvé. Ce qui m’est offert par le mot c’est une énergie en mouvement intérieur, une orbite qui se conjuguera à celle de l’autre. Un élan aussi. Un élan pour que mon nouveau moi, exalté, enrichi des vertus du M\, se redécouvre et se comprenne. Alors l’univers me devient connu, comme le dieu révélé en moi. C’est le « Connais toi toi-même etc… »

Cette alchimie initiatique (si vous pardonnez mes abus) ne consiste donc pas en une transformation matérielle, mais en une transmutation de l'esprit et de la conscience qui me permettra de vivre selon nos codes avec pour corollaire le devoir de participer à la construction du temple, à la transmission et ainsi à la genèse permanente. Mais il y a quand même quelque chose d’un peu magique dans tout ça, non ? Et cette magie a un nom : l’Amour.

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L’ALCHIMIE: LE MESSAGE MUET DE LA FRANC-MACONNERIE BLEUE

1 Avril 2025 , Rédigé par Philippe AME Publié dans #Planches au 3ème grade

 

PREAMBULE

Je vous propose ce soir un travail, de recherche bien incomplet, sur le parallélisme entre la démarche alchimique et la franc-maçonnerie et la présence, ou l’influence, de l’alchimie dans nos rites. J’ai trouvé trop de correspondances et de signes cachés dans nos rituels pour résister à l’envie de rajouter une couche de mystère à une autre. Le « solve et coagula » m’a été irrésistible, d’autant que j’ai eu la sensation que l’on me taisait quelque chose… La littérature me dit « attention terrain miné », je compte donc sur vos compétences de démineurs bienveillants. Mais soyez rassurés, je ne vois pas de l’alchimie partout… (Quoique…)

Avertissements

  • J’ai bien compris que l’alchimie n’est pas une société initiatique, elle regroupe des adeptes de la démarche alors que la F\M\ forme un ordre d’initiés se reconnaissant mutuellement et que nous parlons de deux choses bien différentes
  • Je réduis le prisme de mon observation aux loges bleues et mon horizon ne s’étend aujourd’hui qu’au troisième degré mais rien ici qui ne dépassera le premier degré
  • Je ne peux pas généraliser mon observation au-delà des Loges visitées
  • Il ne sera pas question d‘alchimie opérative
  • Mes connaissances en alchimie spirituelle sont en construction et le resteront encore longtemps, soyez donc indulgents
  • Je pratique au naturel une herméneutique débridée et, sans votre aide, je prendrais volontiers mes messies pour des lanternes.

 

INTRO

Il n’aura échappé à personne que la symbolique alchimique, mais aussi, dans un sens, sa démarche, est partout dans notre parcours, dans nos rituels et dans la configuration de notre temple. Et pourtant, dans les rituels des trois premiers grades, le mot est totalement éludé. Aucune allusion, ni référence dans la mécanique de transmission. Le train est pourtant annoncé très tôt mais l’affichage est dans une langue qui nous est étrangère et au final, nous ne prenons pas ce train. Soit qu’il n’est simplement pas passé, soit que nous ne l’avons pas vu passer. En tout cas on nous fait monter dans un autre… rien de grave sans doute car nous sommes censés arriver au même endroit. Mais je pensais avoir le choix de la route…. Et de ses paysages. Mais la transmission dans ce domaine est muette.

 

UN PEU D’HISTOIRE

« Alchimie et franc-maçonnerie ont vu, plus d’une fois dans l’Histoire, se croiser leurs routes » (Didier KHAN). Le dossier des origines de la franc-maçonnerie est trop complexe pour qu’il soit possible d’établir avec certitude l’existence - d’ailleurs fort douteuse - d’influences alchimiques au moment de l’émergence de la franc-maçonnerie. L’alchimie précède de plusieurs siècles la F\M\, et celle-ci ne commence à recycler des éléments alchimiques que vers la fin du XIXème siècle et encore sans jamais vraiment le revendiquer explicitement. Ce recyclage est de plus très progressif : l’élément le plus véhément de l’interpellation alchimique, V.I.T.R.I.O.L., n’apparait que très tardivement dans les cabinets de réflexion ; à peu prés au même moment où les épreuves associées aux éléments se chargent un peu plus explicitement de signification alchimique (merci Oswald WIRTH).

Les maçons ont emprunté à l'alchimie pour construire leurs rituels et non l'inverse. Un contresens étrangement assez répandu jusque vers 1950 consistait à considérer que des éléments hermétiques étaient premiers en maçonnerie et que le christianisme venu s’y superposer les avait dévoyés et que le recours à l’alchimie dans le champ maçonnique aurait servi à éliminer des éléments chrétiens en s’y substituant. En fait les métaphores alchimiques d'éléments chrétiens sont très anciennes et préexistent aux rituels maçonniques. L’infusion est donc moins subtile que cela mais ses motivations ne s’expliquent quand même pas.

Beaucoup de maçons s’intéressèrent de près à l’alchimie, et beaucoup d’alchimistes virent dans la maçonnerie le lieu privilégié de la réalisation du grand œuvre, entendu simultanément comme un ensemble de manipulations concrètes visant à la fabrication de la pierre philosophale et comme une forme de spiritualité visant à l’accomplissement de l’être sous la forme de l’union mystique avec le Créateur (ou un principe créateur) - quelles que fussent les modalités de cette union, extrêmement variables selon les influences mystiques et les croyances de chacun. Pour l’alchimiste, l’idée c’est bien de simuler ou reproduire la création du monde (je vous invite à relire la table d’émeraude). Le F\M\ ne le dira jamais comme ça, mais le travail sur soi forme un nouvel Adam… l’ambition est la même.

Les  grades maçonniques puisant dans trois grands types de courant opératif, religieux et ésotérique  et recoupant plus ou moins systématiquement les sources mobilisées par l'alchimie, celle-ci a vite fait de constituer une toile de fond du discours maçonnique.

À l'époque de la constitution des rituels, au cours du XVIIIème siècle, l’imprégnation alchimique était d'une telle évidence qu’il n'était pas besoin d'en souligner l'existence (mais pas dans les loges bleues !!). Et puis l’alchimie a été progressivement déclassée au plan scientifique ce qui la rendait disponible pour un recyclage symbolique dans un cadre d’effervescence irrationnelle de la fin du siècle. Mais c’est surtout à la fin du XIXème sicle et au début du XXème que l’on charge les grades bleus de significations alchimiques. Pourtant le signal est faible, surtout dans le silence de l’apprenti, et personne ne transmet.

 

LES FAITS

Nous avons tous en mémoire notre passage, solitaire, entre les murs sombres du cabinet de réflexion. Sauf à être aveuglé par l’émotion, il me semble qu’il est difficile de faire abstraction, dans le silence et la solitude qui nous sont imposés, du vacarme, pour ne pas dire la cacophonie symbolique, qui nous envahi à ce moment-là. Du sel, du soufre, du mercure (nous ne savons pas encore qu’ils sont « philosophiques »… il faut vraiment s’y intéresser pour le savoir car un voile épais recouvre très vite ces trois principes), du vitriol sans mode d’emploi mais doté d’une étrange ponctuation…. Le pain, je veux bien, la bougie, le sablier, la faux, les ossements aussi (j’avais compris que j’allais mourir à ma vie profane…). Mais tout le reste me semble absolument gratuit, hors de propos. D’ailleurs on ne m’en parlera jamais. Mais ce n’est pas fini, nos trois voyages suivants entrent dans une démarche de purification élémentaire du processus alchimique mais là aussi, grand silence.

Ces voyages se succèdent. On met en scène, après la terre, l’air, l’eau et le feu, qui sont les principes actifs sans lesquels, selon les gnostiques, l’univers n’existerait ni comme unité ni comme diversité. Nous les prenons pour des épreuves de déplacement et d’équilibre, dont nous comprenons bien sûr qu’elles préfigurent la difficulté de la démarche maçonnique, la progressivité, l’aide de la fraternité, la transmission et ce guide qu’est la tradition… mais pourquoi ne pas éveiller l’esprit sur ce vient véritablement de se passer et nous aider à mieux décoder le fonctionnel (purification, ça on l’a bien compris), l’élémentaire et la préfiguration?  Pourquoi éluder la dimension cosmogonique ou cosmologique ? La chimie spirituelle ?

Sans doute pas pour préserver les mystères de grades que j’ignore, puisque l’historien (Dominique Jardin) me dit que ce sont mêmes grades qui auraient « injecté » des principes et des symboles relevant de l’alchimie spirituelle (cad. spéculative) dans les rituels des loges bleues. Il ne peut donc pas être question de pré carré, enfin… sauf à proposer un simple teaser pour une éventuelle suite à l‘histoire. Comme je le disais avant, je n’ai pas de réponse à cette question.

Par contre, plus je m’interroge, plus le parallélisme ou la parenté de la démarche alchimique et de la démarche maçonnique devient éclatant et me laisse à regretter que l’on n’ait pas eu l’idée de proposer spontanément à l’impétrant deux niveaux de lecture.

Et pourtant, le rite écossais ancien et accepté, ainsi que les autres rites maçonniques, a fait de toute évidence l’objet d’une double écriture qui ouvre la voie à une double lecture. Sous l’inspiration des légendes tirées des livres des lois hébraïque et chrétienne une voie d’élévation morale est offerte aux maîtres maçons afin qu’ils puissent devenir des chevaliers de l’esprit, des hommes sages dont les actions sont entièrement guidées par les vertus. Mais le rite développe aussi un symbolisme inspiré par la graduation de la quête alchimique conduisant l’adepte de l’état d’homme ordinaire à celui d’homme transcendant. Ces deux voies ne s’excluent nullement. Elles agissent conjointement dans le processus d’initiation, car elles sont l’une et l’autre des chemins d’élévation spirituelle, l’une morale et l’autre initiatique, et il appartient à chaque maçon (et à mon sens pas seulement les maîtres) de trouver en chacune une part de sa propre nourriture spirituelle, en toute liberté de conscience.

Pourquoi taire cette richesse de relief sémantique ?

Je me doute que le besoin de simplifier a quelque chose à y voir. Mais sans être élitistes, nous mériterions sans doute plus de considération de nos capacités naturelles à séparer le subtil de l’épais puis à rassembler des concepts qui semblent épars.

 

ALCHIMIE ET FM : DES VOIES PARALLELES ET MEME UN PEU PARENTES

Comment je vois ce parallélisme ? Oh, de manière encore assez vague. J’ai découvert toutefois que, en alchimie, le niveau opératif et le niveau spéculatif sont totalement indissociables, car imbriqués ; pour les adeptes de l’Art Royal : c’est en œuvrant - au sens opératif du terme - sur la matière, que l’alchimiste était censé se transformer intérieurement ; inversement, sa transformation intérieure devait se concrétiser par une transmutation effective de la matière qui se trouvait dans l’athanor, dont la Pierre philosophale et la production de l’or apparaissaient comme étant la consécration.

En théorie, c’est presque la même chose pour la franc-maçonnerie que nous pratiquons. On pourrait croire que le spéculatif pourrait se suffire à lui-même, car améliorer l’homme est déjà une belle performance, mais l’opératif, l’action en hors du temple, sur le monde, n’est sans doute pas sans effet sur le processus d’introspection et de la découverte de soi. La boucle est sans doute moins évidente qu’en alchimie où le rapport spéculatif/opératif est essentiel, alors que le franc-maçon pourrait se contenter d’avoir un plus beau reflet dans son miroir sans véritablement trahir son engagement… Même dans l’inaction, si je suis mieux, le monde est mieux…. Facile, mais pas nécessairement faux. L’alchimie est donc plus exigeante à ce titre.

Allons plus loin que cette simple articulation de l’opératif et du spéculatif. La franc-maçonnerie comme l'alchimie sont des voies de recherche de la connaissance et de la perfection, que ce soit sur le plan spirituel, philosophique ou matériel. L'alchimie cherche à transformer des substances ordinaires en or (symbolique) ou à atteindre l'illumination spirituelle, tandis que la franc-maçonnerie vise à l'amélioration personnelle et à la construction d'une société meilleure.

Il y a dans l’alchimie spirituelle un fil conducteur essentiel : c’est le fait qu’il faut accepter de mourir pour renaître. Nous ne faisons rien d’autre en franc-maçonnerie.

Cette mort symbolique consiste à abandonner la partie impure de soi-même, en particulier l’attachement à la matière (nos métaux). Ce détachement permet d’entrer dans un nouvel état de conscience, plus pur et éveillé.

C’est juste la même chose pour le franc-maçon. Tout comme l’alchimiste, il est à la fois l’acteur et l’objet de son travail : il réfléchit et il s’objective, il se travaille lui-même comme s’il était sa propre création. Encore comme l’alchimiste, le franc-maçon, en se changeant et en se construisant lui-même, doit pouvoir contribuer à construire le monde dont il est un élément constitutif ; inversement, lorsqu’il s’efforce de changer et de construire le monde, il s’en trouve transformé et reconstruit d’un point de vue identitaire. Il spiritualise la matière et matérialise l’esprit. On retrouve là la théorie des correspondances et l’on pourrait dire que, en plagiant le Trismégiste, « ce qui est à l’intérieur est comme ce qui est à l’extérieur, et ce qui est à l’extérieur est comme ce qui est à l’intérieur, pour que s’accomplisse le miracle d’une seule chose »…

De nombreux autres parallèles peuvent être établis entre la voie alchimique et la voie maçonnique.

Le processus par exemple. En alchimie, les trois principales étapes du processus (on peut décomposer plus avant, mais le ternaire nous va si bien…) de cette transmutation sont :

  • l’œuvre au noir, le Nigredo, ou putréfaction de la matière,
  • l’œuvre au blanc, l’Albedo : la purification de la matière,
  • l’œuvre au rouge, le Rubedo : la coagulation, le Grand Œuvre, le retour à l’unité

Au deuxième degré de ce processus, sept étapes en filigranes, les régimes de l’œuvre nommés par les planètes du système solaire,  ce n’est pas l’objet de ce travail, je ne poursuivrai pas.

Nous avons déjà cité le cabinet de réflexion qui évoque volontiers la phase de Nigredo durant laquelle les alchimistes décomposaient par calcination et putréfaction leur materia prima. Comme en franc-maçonnerie, cette mort « chymique » précédait une renaissance.

Et si nous avions été avertis, même après-coup, que les symboles du cabinet que nous ne savions alors ni lire ni épeler ni interpréter appartiennent au symbolisme alchimique (le sablier et la faux qui annoncent l’œuvre au noir, le coq qui annonce l’œuvre au blanc et l’énigme V.I.T.R.I.O.L. qui annonce l’œuvre au rouge), l’interaction sel, soufre, mercure…. notre compréhension de la démarche aurait elle souffert ? Je n’en suis pas sûr.

Au Nigredo succède l’Albedo, l’Œuvre au Blanc, puis le Rubedo, l’Œuvre au Rouge : purification, élévation, sublimation ou spiritualisation de la matière, reconduction en terre, matérialisation de l’esprit, noces chymiques du ciel et de la terre, sublimation et perfection aurique…

Mais voyons, c’est là tout simplement le déroulé du rituel d’initiation ! Où l’œuvre au blanc correspond à la purification par les trois éléments et le Rubedo à la révélation de la lumière.

Je retrouve la même séquence dans la progression globale entre les trois degrés des loges bleues et sans doute aussi au sein même des rituels de changement de grade. Et si j’écoute ce que l’on me souffle d’en haut, j’imagine que la maçonnerie bleue - prise dans son ensemble de trois degrés - n’est peut-être que le Nigredo d’une voie plus complexe qui elle-même peut-être réitèrera ce processus qui serait alors parfaitement fractal (le nombre d’or). Là, mon herméneutique personnelle diverge par rapport à ce que me dit le cahier de FM n°22 qui voudrait que l’œuvre au blanc corresponde au grade de maitre. Ma logique cartésienne en soufre trop et je reste sur mon ressenti.

De façon plus générale, on voit bien les parallèles que la franc-maçonnerie a pu faire avec la voie alchimique, à partir d’un même postulat, celui de la perfectibilité des choses et des êtres, et de l’action améliorative de la volonté, de l’action créatrice que peut avoir l’homme initié, à la fois sur lui-même et sur le monde. Le franc-maçon néophyte est une pierre brute amenée à être dégrossie et polie, dans la loge-athanor, grâce au processus initiatique qui opère une « métanoïa » - attention, l’étymologie nous dit le terme grec μετάνοια métanoïa est composé de la préposition μετά (ce qui dépasse, englobe, met au-dessus) et du verbe νοέω (percevoir, penser), et signifie « changement de vue » ou « changement de regard » qui voit la pensée et l'action se transformer de façon importante, voire décisive, le linguiste établit une sémantique plus proche de regret et repentance… avis aux amateurs. [1]

Bref, on parle donc  d’une conversion ou transmutation de l’être, de la même manière que la materia prima des alchimistes doit devenir Pierre philosophale, et que le plomb doit être transmuté en or, par son labeur et la logique progressive des étapes qu’il suit.

Je note que la pierre philosophale n’est pas un outil, ni une pierre précieuse, ni une substance particulière, c’est tout simplement l’alchimiste qui est parvenu à atteindre son but : la Pierre philosophale est lui-même, une fois réalisé le Grand Œuvre.

Mais le parallèle ne s’arrête pas là : les francs-maçons, comme les alchimistes, adoptent une démarche symbolique. Ils mobilisent une pensée imagée, fondée sur des rapports analogiques et résolument polysémique, devant donc être soumise à une herméneutique, c'est-à-dire un travail d’interprétation permanent. Les discours alchimico-maçonnique sont avant tout métaphoriques et les métaphores se cachent derrière le vague mot de symbolisme.

Enfin, le franc-maçon, comme l’alchimiste, sollicite à la fois la raison, les sens et l’imagination, le haut (son esprit) et le bas (son corps), en vue d’une réconciliation finale. Il opère sur un niveau spéculatif (les planches, fruit d’un travail de réflexion, permettant notamment d’intellectualiser le vécu ou les émotions éprouvées durant le rituel, en sont un exemple), et sur un niveau opératif, puisqu’au-delà du fait que l’initié sollicite son corps et ses sens à travers le rituel, il est appelé à « poursuivre au-dehors l’œuvre commencée dans le temple », et à s’engager « à contribuer à rendre le monde un peu meilleur ».

 

CONCLUSION

Pour conclure, et illustrer le relief induit par ce parallélisme ou interaction entre alchimie et franc-maçonnerie, je prendrai l’exemple, puisque nous sommes au premier degré, de l’herméneutique de la pierre brute, la question de l’interprétation m’ayant été posée il n’y a pas si longtemps. Voilà la réponse que j’ai donnée :

Je ne vais pas rentrer dans le symbolisme de la taille et du lissage des imperfections, d’autres le feront mieux que moi et ce n’est pas le sujet.

Je note que dans les rituels d'apprenti coexistent deux pierres très différentes d'où provient l'ésotérisme du grade. La maxime VITRIOL ne concerne que la pierre philosophale des alchimistes. Il s'agit d'une pierre vivante dotée d'un esprit et d'une âme, alors que la pierre brute à dégrossir en pierre cubique est passive. Cette pierre brute masque et encapsule la pierre philosophale que chaque initié porte en lui. C'est à l'initié de la découvrir (non pas au sens « trouver », mais de mettre à jour).

En maçonnerie, d’un point de vue purement ésotérique, avant la pierre il y a le métal. Première « alchimie » du désir d’initiation, après le voyage de la Terre, la pierre brute n’a plus de passé. Juste un avenir. C’est rassurant, car cet avenir est purement créatif, donc libre. C’est le couple pensée-main (ou corps – esprit) qui est instigateur de la dynamique de création. Les outils, c’est un choix technique (là je flirte avec l’hérésie) …. Une panoplie symbolique sélectionnée.

D’un point de vue alchimique. C’est bien différent. Si j’ai bien compris, il y a un passé de la pierre. La pierre brute, matière première minérale, ou protolithe, est issue du chaos primordial (la terre-chaos). Cette pierre brute est, pour ainsi dire, une portion de ce premier chaos. Elle est la manifestation visible des secrets de son origine - comme d’ailleurs le corps est celle de notre individualité. Ce protolithe a conservé la mémoire de son origine dans son corps invisible. Cela permet de comprendre ce qui se passe dans notre creuset et peut-être d’y mettre de l’ordre.

Au final, que nous nous placions dans le plan alchimique ou dans le plan de la symbolique maçonnique, la pierre brute reste une matière première, les alchimistes parlent de materia prima … c’est une matière, primordiale y compris au sens d’essentielle. Elle correspond aux ténèbres dont émerge la lumière dans le corpus symbolique du rite écossais. La base de construction du temple… ou d’autre chose. Et si la pierre brute encapsule en effet la pierre philosophale, alors nous disposons déjà, sans le savoir, de l’alpha et de l’oméga de la voie… mais le cheminement reste à découvrir, car l’admission au grade d’apprenti ne nous confère aucune initiation, elle nous construit dans le but de nous faire devenir un initié. Ce qui finalement arrive plus tard qu’on ne le pense…

Je ne suis pas dupe, l’alchimie dans notre rite, ne correspond qu’à la vision que nous en avons. C’est une interprétation quasiment allégorique… mais qui fonctionne bien, puisque notre Art consiste à rendre parfait ce qui est imparfait, ce qui est très proche de l’idée de transmutation des métaux.

Alors puisque notre Ordre nous laisse le choix du corpus symbolique de notre progression, l’art des alchimistes vaudra bien celui des bâtisseurs il me semble. Car nous ne pouvons imaginer, bien sûr, que ce choix puisse relever d’une forme de dogmatisme. Ou alors cette liberté est-elle hérésie ?  Ou est-ce pour nous protéger d’un bagage trop lourd ?

 

[1] Il n’échappera pas au lecteur attentif que si métanoïa signifie « repentance », l’étymologie induit partiellement en erreur, dans la mesure où la repentance véritable ne se limite pas à un changement de mentalité, mais implique aussi un changement de comportement, d’attitude, de manière de vivre et d’être.

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LE DEVOIR DE TRANSMISSION DU MAÎTRE – L’ADN DE LA FRANC-MAÇONNERIE

11 Mai 2019 , Rédigé par Philippe A. Publié dans #Planches au 3ème grade

Préambule

La transmission ! On en parle. Beaucoup parfois. C’est un devoir qui s’impose à tout Frère, toute Sœur. Mais que fait-on exactement pour transmettre ? Eh bien, en général, pas grand-chose, même si ce n’est pas tout à fait le cas dans notre respectable atelier où des réunions de travail sont parfois (rarement) proposées, sans que d’autres maîtres soient conviés à apporter leur contribution. Le plus souvent, les nouveaux initiés apprennent au fur et à mesure le rituel et le vocabulaire maçonnique. L’habitude, la répétition, l’imitation font office d’enseignement. Cela peut sans doute suffire à faire perdurer un temps un Ordre comme le nôtre mais avec un risque évident de dérive de nos fondamentaux et d‘érosion (ou dénaturation) de la Tradition. Alors,  bien évidemment cela mérite que l’on s’y penche un peu

Une précision : ce devoir de transmission c’est l’exemplarité qui doit s’exercer au sein de la Loge mais également au niveau de la société des hommes. Je n’aborde ici que le premier de ces aspects

 

Introduction

Pour les êtres vivants, la transmission a toujours été une question de survie ou de perpétuation. De perpétuation adaptative toutefois. Au niveau inconscient, il s’agit bien sûr de la transmission du patrimoine génétique. Le miracle de la méiose et la duplication de l’ADN permettent cette transmission au niveau cellulaire tout en assurant un brassage génétique qui va générer la diversité. Elle est soumise à des pseudo-aléas déterministes (mutations ou le mot substitué ?) qui vont favoriser l’adaptation des espèces au milieu et, aujourd’hui, l’épigénétique nous fournit quelques explications sur la manière dont ce même environnement va influer sur notre génome. L’épigénétique s’intéresse à une « couche » d’informations complémentaires qui définit comment ces gènes vont être utilisés (s’exprimer) par une cellule ou ne pas l’être en fonction du milieu sans qu’il y ait modification de la séquence de notre ADN.

Sans ces mécanismes qui assurent une chaîne de la vie, c’est la disparition définitive d’une espèce, d’une race, de l’animal au végétal. Les survivants sont les espèces qui ont su à la fois transmettre les mécanismes biologiques fondamentaux de la vie et s’adapter, c’est à dire doter leurs générations successives de défenses spécifiques et de leur architecte : l’instinct. La transmission est ainsi un défi au temps et à la mort. En gros : vivre pour transmettre. Transmettre pour vivre

Au niveau conscient, par l’école, la famille, l’Homme [1] a développé, au-delà de la génétique, une propension, une volonté et une capacité, nécessaires, à transmettre à sa descendance et son groupe les fruits de ses découvertes ou de ses observations : qu’elles soient de portée cognitives, morales ou organisationnelles. Cette transmission contient également, au-delà de la connaissance pure, des mystères, des interdits, des relents de domination. Elle contient aussi les références de l’époque de l’observateur pour un benchmarking du changement. À ce titre, elle est porteuse d’identification collective, tout à la fois consciente et inconsciente, et construit la cohérence et la cohésion des groupes humains en assurant leur perpétuation.

Ce qui est vrai au sens profane (biologique ou social) semble parfaitement applicable au groupe particulier que forment les francs-maçons. Mais elle le serait tout aussi bien à un groupe religieux.

Notre organisation, jeune sans doute, a quand même traversé quelques siècles de grand chambardement social. A été, et est toujours, diffamée voire persécutée par certains. Son objectif philosophique, philanthropique et progressiste est de plus en plus mis à mal par une tendance au troc peu équilibré entre valeurs morales et valeurs matérielles, entre valeurs individuelles et perversions politiques. Et pourtant nous avons survécu… parce que la Loge (la F\M\) est un être vivant et que nos prédécesseurs ont su transmettre leur ADN maçonnique avec son gène de la perfectibilité car nous désirons être un peu plus que des hommes. Plus que des hommes gouvernés par le seul instinct du plaisir et le goût du pouvoir. Un héritage précédé d'aucun testament sinon celui de la Tradition.

 

Mais que transmet-on par les brins d’ADN maçonnique ?

Nous avons survécu, sans doute par la force de nos messages, la puissance de notre réflexion, mais aussi grâce à la transmission de nos traditions ou plutôt de La Tradition : de notre symbolique, de nos rituels, de nos rites. Là aussi, on devine bien la nature multipolaire de cette transmission : la méthode (qui favorise l’enrichissement individuel comme collectif et la diversité de la pensée), le secret (qui limite les effets trop violents de l’environnement : c’est un peu contrôler l’épigénétique « sociale »), la perméance intelligente au monde (c’est-à-dire un comportement éthique dans la société qui nous oblige à un engagement continu qui se poursuit dans l’action citoyenne), et les devoirs de combattre les préjugés, l'ignorance, le fanatisme et l'ambition déréglée.

On peut également, plus simplement, considérer deux branches du transmissible : celle de la tradition philosophique et humaniste, qui requiert et stimule l’interprétation individuelle du receveur (ou plutôt ouvre à interprétabilité des concepts) et celle qui relève de la méthode de travail, (essentiellement adogmatique, socratique) de la tradition symbolique qui ne s’interprète pas nécessairement au quotidien et dont la variabilité suit des cycles plus longs. Il faut en effet admettre l’existence d’un certain « dogmatisme » dans l’explication des symboles et des outils, surtout lors de l’instruction au deux premiers grades, et que seul le temps, l’expérience et l’interaction avec les Maîtres fera naître une capacité d’interprétation plus personnelle (d’où l’importance de l’assiduité pour les uns comme pour les autres). Car le symbolisme est une mécanique de liberté, il est le véhicule de l’universel et de l’humilité, il doit conduire celui qui l’utilise non pas à raisonner juste, mais à penser juste.

Ces deux branches seraient alors la morale et la loi ? Oui et non, car, si c’est peut-être vrai sur le plan individuel, il serait faux de vouloir définir, globaliser ou intégrer « une morale » et des « lois » dans la franc-maçonnerie spéculative car il nous faudrait alors définir ce qu’est la morale universelle, comment l’appliquer, à qui, pourquoi, dans quel cas, quelles en seraient ses limites et pourquoi. Mais nous ne nous permettons pas ce type démarche « intégriste ».

La première branche est sans doute la pierre angulaire de notre construction : le franc-maçon est un chercheur qui n’a pas de concept prédéfini et qui ne doit pas essayer d’en établir (souvenez-vous : le franc-maçon ne trouve jamais la lumière, il la cherche). La transmission relève ici de la méthode : apprendre à se remettre soi-même en question et améliorer constamment son comportement, sa relation à lui-même et aux autres. L’apprentissage doit amener à accepter la critique et à en faire l’outil de son propre développement. En ce sens, le transmetteur est ici un peu le relais initial indispensable entre les forces cosmiques et celles de la conscience. Les fruits de cette branche se nommeront liberté intérieure, égalité devant l’effort, fraternité, tolérance, respect de soi et des autres, travail, volonté de progression personnelle, partage, solidarité. En un seul mot, l’amour.

La seconde branche - bien solidaire de la première - est notre clé de voûte, le ciment du groupe. C’est celle qui articule, beaucoup par la gestuelle, la tradition écrite et la tradition orale. Les fruits de cette branche-là, sont les normes (ou règles ?) que nous devons respecter, telles que nos rituels de conditionnement (et leur contenu symbolique), le pacte social, les fonctions dans nos collèges, la compréhension de la signification du geste, la connaissance de nos institutions et de leurs « lois » (Constitution, RG).

Au final, ce que la tradition nous fait devoir de transmettre n’est rien d’autre qu’un contenant et non un contenu : un contenant de sens (la méthode, le rite, la lumière, la chaîne des initiés, les influences spirituelles) que chacun façonnera avec sa sensibilité, et non un contenu d’interprétations dogmatiques et, surtout, au-delà des connaissances et de la compréhension, le désir de progresser. Et enfin, la prise de conscience que le travail n'est jamais terminé. VITRIOL toujours.

 

Qui transmet à qui ?

Dans l’absolu tout le monde transmet à tout le monde tout le temps. Dans le cas qui nous intéresse, à savoir la transmission des bases philosophiques, humanistes et fonctionnelles de notre Ordre, je me penche sur le rôle, ou plutôt le devoir du Maître. Des Maîtres. De tous les maîtres à mon sens.

Le Maître, rompu à l’exercice de l’introspection, plus avancé sur le chemin de l’initiation, est censé avoir acquis suffisamment d'expérience du monde pour aider les apprentis et les compagnons à tracer leurs propres voies.

Si l’organisation de la loge offre un plateau à un second surveillant chargé de l’instruction des apprentis et à un premier surveillant chargé de celle des compagnons, le devoir de transmission s’applique à tous les maîtres. Je distingue ici l’instruction, avec sa formalité, ses réunions de travail… qui doivent bien faire l’objet d’une certaine organisation, de la transmission qui est un phénomène plus diffus et multiforme. Le travail des surveillants est une condition nécessaire mais aucunement suffisante à l’efficacité de la transmission. Les surveillants ne sont pas les dominants de castes d’apprentis ou de compagnons. Ils sont les bergers occasionnels, appointés par la Loge, de brebis affamées au pâturage symbolique. Pas de chasse gardée ici, je crois que nous sommes tous concernés et responsables. Cet engagement actif de tous les maîtres est la garantie de pouvoir se protéger des dérives culturelles et sectaires de la pensée unique et celle du respect de la liberté de conscience. Mais cela n’est pas partagé par tous. Je peux l’entendre, d’abord parce que tous les maîtres ne véhiculent pas le même bagage de connaissances maçonniques (ils devraient, au moins dans l’instruction au premier et second degré... après la variabilité augmente en raison du manque d’instruction ... ou de curiosité, des maîtres) et également parce que le talent de transmetteur n’est pas nécessairement dans l’arsenal de tout le monde.

C’est la maturité individuelle et collective des maîtres qui constitue pour partie le moteur de la transmission. Dans maturité j’entends la paix intérieure du maître. C’est elle qui fait la qualité de la transmission. La paix intérieure c’est l’absence de désir de celui qui a vécu la mort initiatique et qui, avec la renaissance, accède à un autre niveau de conscience. C’est là le secret du maître, la renaissance dans l’enveloppe hiramoïde et le troisième œil, né du dernier coup sur le front, celui de la connaissance et de l’illumination et qui résulte de la transmission de l’influence spirituelle, la partie imputrescible de sa découverte (il n’y a pas transmigration de l’âme d’Hiram !), comme l’acacia qu’il connait maintenant et symbole de son immortalité. Le tapage intérieur de ses pulsions étant en principe éteint ou atténué, il n’en sera que meilleur récepteur des attentes.

L’influence spirituelle étant reçue, il peut alors exalter la parcelle d’esprit qui dort en lui et triompher de toutes les faiblesses. Car un Maître se domine entièrement et sans effort. Devenir "passeur", ne peut s'obtenir qu'en assumant sa propre émancipation de toute tutelle, y compris la dictature de l’ego! On ne peut rayonner avec une lumière intérieure éteinte

Finalement, le devoir essentiel du maître n'est que peu différent de celui de l'apprenti, si ce n'est qu'après avoir assimilé le sens du rite, il peut transmettre, ce qui n'est pas possible, ni au premier degré ni au second.

Cet exercice de la transmission est aussi un moment de son parcours initiatique. C’est la réalisation de sa part de responsabilité dans l'accomplissement de la vocation d'une loge bleue qui est de faire, de concevoir et recevoir des maîtres maçons. Une responsabilité essentielle, car amener de nouveaux FF\et SS \ sur les colonnes serait une bien piètre stratégie de survie, si elle ne s’accompagnait pas de l’augmentation de la masse des connaissances et de la puissance de réflexion et si elle favorisait, par négligence (enthousiasme du « recruteur », la déliquescence de la Tradition.

 

Les risques de la transmission

Transmettre c'est d'abord donner ce que nous avons nous-mêmes reçu. Et donner, c'est avant tout un acte gratuit, sans arrière-pensée de reconnaissance implicite ou admiration en retour. C’est fondamentalement aimer et non un devoir décrété. Facile à dire, mais sans doute un exercice complexe qui peut comporter des risques.

Le premier c’est sans doute le mimétisme qui va favoriser le passage de l’objectif au subjectif. La Tradition se transmet d’abord par la parole, car c’est bien connu, nous ne savons ni lire, ni écrire. Et c’est ici que celui qui transmet, inconsciemment, par sa communication non verbale, l’évocation de son vécu personnel, peut créer une dépendance castratrice.

Le second c’est le pseudo-dogmatisme. Le maître n’est pas un enseignant qui exigerait de ses élèves des connaissances apprises, livresques, standardisées. Ne pas faire de la mission de transmission une formation : ou je retrouve la racine de formatage, c’est-à-dire d’apprendre sans réfléchir. Pas de recette en maçonnerie. Il ne s'agit pas de faire apprendre je ne sais quel "catéchisme" (même si nous utilisons, mal, le mot quand nous évoquons le mémento remis le jour du passage au grade). En effet, pour un maçon du rite français, il n'y a de vérité que dans la recherche de la vérité !

Le troisième risque, c’est celui de la pensée unique, du manque de relief et de l’indigence des références. C’est le risque majeur quand les maîtres se sentent peu investis dans la fonction de transmission. Une forme de paresse intellectuelle, de dispersion ou d’oubli qui peut concentrer les réponses données dans un spectre limité au point où le receveur pourrait croire qu’il n’existe qu’une seule réponse à sa question. Là nous serions dans un acte de soumission et de renoncement à la raison, à l’exact opposé de ce que l’on attend de la maîtrise.

Le quatrième risque c’est celui de l’intellectualisation entropique. Qu’elle soit le fruit d’une communication orale ou celui de l’approche d’ouvrages particulièrement hermétiques, les concepts véhiculés, pour pertinents qu’ils pourraient être peuvent rapidement faire disparaître leurs contenus dans une incompréhension irréversible. Cette situation est favorisée par le fait que, naturellement, l’homme n’a pas très envie de se poser des questions auxquelles il n’a pas de réponse immédiate.

Le dernier risque est purement sociétal. C’est celui de la paresse de l’esprit. Internet ne transmet rien. Il promeut un modèle d’immédiateté de la réussite par l’instinct et l’intelligence, sans imagination. Je gage que l’intelligence artificielle, si elle devient l’éthique du futur, mettra les geeks de la maçonnerie sur le banc de touche.

 

Comment transmettre ?

Sans doute pas de recette non plus dans ce domaine.

La transmission se fait de bouche à oreille. Il doit y avoir contact physique entre l’émetteur et le receveur. En aucun cas la transmission ne peut se faire par l’écrit et à distance. Il faut donc une rencontre entre celui qui détient quelque chose et celui qui reçoit le dépôt.

Certains y excelleront plus que d’autres, question de patience, de disponibilité voire de bagage. Mais surtout c’est la capacité d’écoute et de décryptage des questions que se posent apprentis et compagnons et d’occultation de ses propres visions. Si la transmission est de nature descendante, de celui qui sait vers celui qui apprend, la construction et l’utilité des réponses vont dépendre du flux ascendant de la question. Plus le demandeur sera friand ou gourmand, plus le maître devra plonger en lui-même pour y trouver le plus juste ou le moins faux.

Il s’agira plus de leur apprendre à pécher que de leur offrir du poisson. Les aider à découvrir le rôle du symbolisme et à s'approprier les symboles par eux-mêmes. Leur donner aussi les moyens de constituer leur propre trousse à outils. Ces mêmes outils qui, lorsque leur tour sera venu et qu'ils deviendront maîtres, leur permettront de retransmettre.

Il faudra aussi inviter apprentis et compagnons à approcher d’autres maîtres pour donner du relief au cadre de leur réflexion et profiter de chaque instant du travail en commun pour transmettre et canaliser l’influence spirituelle. Il faudra promouvoir et faciliter les voyages des compagnons avec le même objectif. Car c’est là que la Tradition trouve les sources qui vont, très lentement, infléchir certains aspects de son contenu (je ne parle pas des principes fondamentaux, en fait je vise surtout le rituel). Car il n’est sans doute pas souhaitable qu’elle se fige au point de ne plus pouvoir « parler » aux nouvelles générations de FF\MM\.

Il faudra faciliter la transmission par l’ascèse qui supprimera le verbiage inutile pour aller à l'essentiel sans infantiliser l’interlocuteur. Ne pas se mettre dans l'attitude de celui qui croit pouvoir soigner l’anorexie par le gavage. La planche à tracer du Maître et ses pièces d’architecture devront stimuler la curiosité. VITRIOL encore

Pour finir, la transmission maçonnique se faisant dans des lieux sacralisés loin de l’agitation du présent, chaque maître aura à cœur de respecter de manière exemplaire, d’expliquer et de faire respecter le rituel des travaux (déjà réduit au strict minimum au Rite Français) dont la régularité est la condition sine qua non d’une transmission réussie. Le rituel, qu’on le ressente ou non, est le vecteur principal de diffusion de l’influence spirituelle, ne nous y trompons pas.

 

Conclusion

La transmission, c’est le poumon du processus initiatique. Initier, c’est transmettre, c’est surtout faire naître, ou renaître, au-delà de la filiation génétique. C’est l’œuvre d’un groupe héritier de valeurs morales communes, ancestrales et l’expression d’une solidarité inter générationnelle. Une œuvre qui a pour premier objectif de préparer des hommes et des femmes à dépasser le commun pour agir.

C’est cette filiation régulière et ininterrompue qui donne son efficacité au rite. Les individus composant cette chaîne n’agissent pas en leur nom mais en leur qualité de transmetteur d’une force qui synthétise les influences venant de toutes les sources qui ont donné naissance au rite. Ce syncrétisme, c’est notre épigénétique positive car il nous assujetti plus sûrement à l’environnement sur lequel nous voudrions peser.

Je n’ai cité qu’une fois le mot fraternité. Bizarre. C’est pourtant la clef transmise qui ouvre toutes les portes du parcours maçonnique. Tant que nos plus jeunes maillons prendront naturellement pour modèle les relations fraternelles entre les membres de la Loge, la première condition de survie de l’Ordre sera assurée. Mais on a vu que c’est quand même un peu plus compliqué que cela :  si la Tradition s’étiole, si les maîtres maçons n’ont plus envie de se surpasser, de façonner la pierre brute pour créer une alchimie où l’Esprit pourra triompher de la matière et enfin de rayonner en Loge comme dans le monde profane, la Franc-Maçonnerie sera condamnée par manque d’amour. Mais ça c’est une autre planche…

 

J’ai dit

 

Avril 6019

 


[1] D’autres espèces animales transmettent des comportements voire la fabrication d’outils, l’instinct est plus prégnant ici que dans l’espèce humaine

 

 

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