grains de sel et coups de gueule
PENSEES ET QUESTIONS SANS REPONSES RELATIVES A LA FRATERNITE ET SON EXERCICE
Cinq minutes de symbolisme
« La formule républicaine a su admirablement ce qu’elle disait et ce qu’elle faisait; la gradation de l’axiome social est irréprochable. Liberté, Égalité, Fraternité. Rien à ajouter, rien à retrancher. Ce sont les trois marches du perron suprême. La liberté, c’est le droit, l’égalité, c’est le fait, la fraternité, c’est le devoir. Tout l’homme est là. » (V. Hugo, Le Droit et la Loi)… Eh non, ce n’est pas de moi…
La fraternité serait donc le devoir. Oui, et c’est même notre premier devoir. La lecture de Victor Hugo, sa gradation, passe de l’homme libre (liberté), à l’homme de bonnes mœurs (égalité) puis à l’homme fraternel.
Pour ma part, il m’a d’abord semblé que fraternité est mère des deux autres. Et puis j’ai découvert un ouroboros lexical. L’alpha et l’oméga se confondent, car la fraternité est quand même ce qui nous permet, au final, de fonder la solidarité, c'est-à-dire la considération du fait que tous les hommes, pas seulement les F\M\, sont nos frères, libres et égaux.
D’un côté, une vision cléricale de la fraternité qui nous offre une fraternité universelle de l’Humanité. « Dieu a établi la fraternité des hommes en les faisant naître d’un seul » (Bossuet – Politique -… qui doit quand même revoir un peu la physiologie de la reproduction…). C’est de la maïeutique divine Elle est également biologique et phylogénétique ce qui lui donne un avantage de crédibilité.
De l’autre côté, pour peu que certains puissent s’affranchir des religions du livre, nous constatons, que nous avons, nous F\M\, été l’objet d’une seconde maïeutique, celle de la porte basse… même mère, donc frères…. Cet accouchement arrivant en général à l’âge de raison, il est plus simple d’expliquer les arcanes de nos devoirs à nos FF, qu’à des nourrissons qui seront offerts en pâture à des sociétés qui sauront faire germer, sur le terreau de la fraternité universelle, le fanatisme, l’ambition personnelle et autres… la ligne est fine, les mauvais compagnons ne vous diront pas le contraire.
Bref. La fraternité, premier devoir car elle est le ciment du groupe. Et la dimension de groupe est le bonheur (enfin ce qui pourrait s’y apparenter le plus) d’être F\M\. La maïeutique quasi socratique qui nous relie fait de nous un peu un massif corallien (une génération sert de support à la suivante et le tout grandit). Nous n’existons en tant que F\M\ que parce que nous sommes connectés aux autres F\M\ (la Chaine d’Union), au-delà même du phénomène de reconnaissance. Cela implique une fraternité effective.
Et pourtant on ne choisis pas ses FF\ (même si on fait le choix d’en avoir, contrairement à une fratrie génétique) et il faut un immense travail sur soi mais aussi en directions des autres pour les reconnaitre en fraternité. Après il faut bien admettre que notre tropisme pour l’autre peut être variable. Nous sommes capables d’asséner des « MTCF» à des F\M\ dont nous n’arrivons pas ou plus à discerner les vraies valeurs ou dont nous n’apprécions pas le comportement…Nous continuons à le faire car nous ne savons pas si c’est notre perception qui est pervertie ou si le métal de l’autre est vraiment prépondérant.
Mais ces perceptions ou ces intuitions qui parfois s’opposent sont essentielles dans la genèse de la fraternité. Comme de la solidarité d’ailleurs (je ne sais pas qui génère qui dans ce binôme) la fraternité se construit en force et dans l’adversité. Sans risque de conflit, ou au moins d’opposition, s’il n’y avait pas de questions communes et une diversité de réponses, aurions-nous envie de nous rassembler et de renforcer notre lien social ? Bien sûr que non !
Evidemment, pour passer du moi au nous il faut être aussi capable de respect et de compassions. Capable de pardonner aussi, le pardon étant la reconnaissance fraternelle de l’erreur, la sienne, ou celle de l’autre. C’est un impératif tant moral que politique.
Nous dégustons la diversité, nous nous enrichissons par elle. Et nous trouvons ainsi en loge une certaine hygiène mentale qui est finalement le fruit de notre fraternité. Et cette loge a tout pour nous préparer à appréhender la fraternité plus vaste des hommes, à nous y fondre. Oui, (en principe) car elle est une projection réductrice de l’Univers, de la société profane et des éléments individuels qui font de l’homme un univers en soi. Ces mêmes éléments d’ailleurs qui fusionnent entre les frères en tenue et qui sous-tendent l’égrégore, expression psychique de notre fraternité.
Mais cette fraternité pratiquée en loge nous rend-elle capables de contribuer hors du temple à l’émergence et la prise de conscience de ce qu’est la fraternité des hommes ?
Et passé la porte du temple, que fait vraiment le franc-maçon citoyen ?
A-t-il conscience, au quotidien, de s’engager activement dans la mutation de sa relation à l’autre ou dans la métamorphose de l’image qu’il donne ? Son élan humaniste ne se brise-t-il pas dès les parvis ?
Armé de la « vocation libertaire indéniable de la Maçonnerie » (L. Campion), de cette anarchie presque sage qui est un peu la passion théorisée de la fraternité, s’engage-t-il vraiment dans la cité ?
Une mission complexe, exigeante, qui impose de garder l’espoir car la fraternité universelle s’oppose aux fraternités d’une multiplicité de communautés. A quand une morale universelle ?
Le citoyen F\M\ doit se poser ces questions à tout instant, et il ne peut répondre pour personne.
Pour autant, il aura sans doute conscience qu’enrichi des travaux communs de la loge, où il aura appris à mieux communiquer, où il est sorti naturellement de son isolement, et que, même s’il agit individuellement, il n’est plus seul.
Nous sommes seuls ensemble. C’est la force de notre Ordre.
L'ASSIDUITE
Minute symbolique
Je souhaitai partager avec vous une pensée sur la portée de notre serment et en particulier de l’un de nos engagements. J’avais envie de parler d’assiduité, c’est dire de l'esprit de discipline maçonnique qui constitue la force de l'Institution. Car payer régulièrement sa cotisation ne suffit pas à remplir ce devoir fraternel de la recherche de la vérité.
Si je me permets d’aborder ce sujet dans un atelier où justement l’assiduité est exemplaire, c’est qu’il me semble bon de rappeler cette obligation, notamment à nos FF\ plus jeunes (en maçonnerie) sur les colonnes, pas pour donner une leçon, mais pour faire l’apologie de cette qualité, de cette vertu collective qui nous enrichit tant.
Si après avoir demandé à faire partie d'un atelier, celui qui ne se considère pas comme obligé d'assister à ses tenues, où aux évènements particuliers organisés par sa Loge, prouve qu'il n'a pas compris le serment qu'il a prêté et le devoir fraternel qui lui incombe et surtout il ignore le prix de son absence.
Car l’assiduité, c’est surtout une condition nécessaire au cheminement initiatique. Elle nous permet de percevoir avec plus d’acuité le temps maçonnique, elle nous y inscrit. C’est notre souffle vital commun.
Car si sept FF\ rendent notre L\ juste et parfaite, il n’en reste pas moins que c’est la densité et surtout l’entièreté du groupe au travail qui fait son « efficacité maçonnique ». La taille ne compte pas dit-on. Pas toujours vrai. En ces murs, la biomasse fraternelle a une importance : elle enrichit le contenu des réflexions, augmente l’interface de transmission, favorise l’assimilation et la maturation des symboles et leur redécouverte tout au long des tenues, et offre, je crois, une ouverture progressive à leur interprétation.
L’assiduité, c’est également se donner la chance d’apprendre à mieux connaître ses FF\ et c'est souvent apprendre à les apprécier.
Car cette familiarité progressive permet une meilleure compréhension, qui conduit souvent à l'affection. Les rencontres isolées ne suffisent pas à révéler la véritable nature des individus et peuvent même nous induire en erreur. Des circonstances défavorables ou des divergences d'opinions peuvent nous faire juger hâtivement leur caractère. L'ambiance bienveillante des loges permet de dépasser ces premières impressions et de découvrir les qualités cachées (par humilité, discrétion, maladresse ou timidité) des frères.
Elle est ainsi précurseur de l’égrégore qui réveille les énergies, les pensées fraternelles, l’enthousiasme et toutes les forces positives qui unissent les initiés vers un même but. Dans ce cercle vertueux, c’est l’assiduité qui forge son propre fondement : le plaisir d’être ensemble et d’être utiles ensemble.
C’est par l’assiduité, que se crée cette cohésion spirituelle qui laisse, loin au-dessous d’elle, nos divergences. Cette énergie ne peut se former que lorsque le groupe, dans son ensemble, solidement soudé, devient unité. Cet état de grâce, cette symbiose, est impossible sans l’assiduité.
Les vides dans les colonnes sont égrégoricides. Ils doivent être exceptionnels et motivés par des raisons graves, de force majeure. Je pense sincèrement que l’on ne peut pas mettre en balance la célébration de l’anniversaire d’une lointaine tante Marthe) avec une tenue d’obligation dans sa L\. Nous devons tous être exemplaires les uns pour les autres à ce titre.
Je crois que ceux qui ne fréquentent pas assidûment leur atelier ne peuvent l'aimer.
L’absence en Loge, crée un manque irremplaçable. Le dommage moral causé par l’absence dépasse de beaucoup l'avantage matériel apporté par l'acquittement des droits. Pour recevoir, il faut donner, et pour donner il faut être présent ! Etre absent, c’est perdre à jamais quelque chose. C’est être coupable, mais aussi victime ; coupable de ne rien donner et victime de ne rien recevoir.
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